Quand le numérique facilite l’apprentissage des pronoms

Tous les élèves roumains des classes terminales bénéficient d’une initiation aux technologies numériques et à l’usage de l’informatique, dans la perspective de la préparation et de la réussite de l’examen du baccalauréat. Dans ce cadre éducatif, l’intégration des TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement) apparaît comme un enjeu pédagogique majeur.

Nous nous situons ainsi à l’intersection de deux orientations complémentaires :

  • intégrer les TICE dans le cours de français, ce qui implique une éducation au numérique allant au-delà de la simple maîtrise des outils et visant le développement des capacités intellectuelles et de l’esprit critique des élèves ;
  • intégrer le français dans l’univers des TICE, en adaptant les pratiques pédagogiques et didactiques aux nouvelles modalités d’apprentissage offertes par les supports numériques et par Internet.

La thématique du multimédia et des TICE conduit alors à interroger la place des technologies de l’information dans l’enseignement du français. L’exploitation de ces outils se révèle particulièrement féconde à plusieurs niveaux. D’une part, les performances des élèves en classe de français s’améliorent sensiblement, notamment grâce à une motivation accrue. Les apprenants développent le goût de la découverte et de la recherche, apprécient le travail sur ordinateur ainsi que les supports contemporains et ancrés dans l’actualité, tout en faisant preuve d’un esprit critique renforcé et en consolidant leurs compétences linguistiques.

D’autre part, les TICE permettent de proposer une grande diversité d’activités en salle informatique, telles que :

  • Des activités en ligne : courriels, chats et forums de discussion, visites virtuelles, quiz, jeux interactifs, etc. ;
  • Des activités hors ligne : fiches de travail guidées ou réalisées en autonomie ;
  • Des stratégies de lecture, d’écoute et de visionnement, ainsi que des stratégies d’écriture ;
  • Des activités d’expression écrite et orale : dialogue transactionnel et interactionnel, description, entre autres.

Dans une perspective d’analyse linguistique et textuelle, l’étude des pronoms, complétée par celle des chaînes anaphoriques, permet de mettre en évidence l’organisation rigoureuse du texte et son projet d’écriture, fondé sur les alternances pronominales. Les deux paragraphes analysés s’articulent ainsi en trois temps d’énonciation distincts :

  1. Le récit des retrouvailles d’Adolphe et d’Ellénore, passage fondé sur l’harmonie des rapports entre je et elle, tour à tour sujets et objets ;
  2. Un moment plus « philosophique », constitué par les remarques de l’auteur, jusqu’à l’apparition du nous, qui ne désigne plus seulement les deux amants, mais englobe l’auteur et l’ensemble des êtres humains susceptibles de partager ses sentiments amoureux, c’est-à-dire les lecteurs ;
  3. Enfin, les je et elle, qui s’unissaient initialement dans un nous, s’opposent désormais énoncé par énoncé, chaque personnage se montrant avant tout préoccupé par lui-même.

Les pronoms apparaissent ainsi comme de véritables outils grammaticaux au service du récit de Benjamin Constant. Leur emploi subtil attire l’attention du lecteur sur la construction fine du discours et sur la dimension introspective du roman autobiographique.

Des activités telles que le surlignage numérique des pronoms ou la comparaison de versions annotées d’un même texte aident les élèves à visualiser la cohérence textuelle et les relations énonciatives. En outre, l’analyse assistée par ordinateur favorise une approche réflexive de la langue, en amenant les apprenants à formuler des hypothèses sur la valeur discursive de pronoms comme je, elle ou nous dans un récit autobiographique.

Voici un exemple concret d’activités, clairement formulés et directement exploitables en classe de FLE :

1. Surlignage numérique des pronoms dans un texte littéraire

Les élèves travaillent sur un extrait numérisé (par exemple dans Google Docs ou un PDF interactif) et surlignent les pronoms personnels avec des couleurs différentes : je en bleu, elle en vert, nous en rouge. Cette activité leur permet d’observer visuellement l’évolution des relations entre les personnages et de repérer les changements de point de vue énonciatif au fil du texte.

2. Comparaison de versions annotées d’un même texte

Les apprenants comparent deux versions d’un extrait littéraire : une version originale et une version annotée numériquement par l’enseignant ou par un groupe d’élèves (avec commentaires, flèches reliant les pronoms à leurs référents). Cette comparaison aide les élèves à comprendre le rôle des chaînes anaphoriques dans la cohérence textuelle et à justifier leurs interprétations des relations énonciatives entre les personnages.

Ainsi, on a comme objectifs pour cette activité :
►Comparaison de versions annotées d’un même texte

Objectifs pédagogiques :
• Analyser les chaînes anaphoriques et la cohérence textuelle.
• Développer une réflexion métalinguistique sur l’énonciation.

Support : Deux versions d’un même extrait :
• Une version originale ;
• Une version annotée numériquement (commentaires, liens entre pronoms et référents).

Consignes : Les élèves comparent les deux versions du texte et identifient les annotations liées aux pronoms. En groupes, ils expliquent les choix d’annotation et justifient le rôle des pronoms dans la construction du sens et des relations entre les personnages.

Compétences visées :
• Compétence discursive et textuelle.
• Compétence argumentative (justification orale ou écrite).
• Compétence numérique et collaborative.

Enfin, cette articulation entre outils numériques et analyse linguistique contribue au développement des compétences linguistiques, interprétatives et critiques des élèves, tout en répondant aux exigences de l’éducation numérique contemporaine.
En conclusion, l’intégration des TICE dans l’enseignement du français, combinée à une analyse linguistique approfondie des textes littéraires, permet de renouveler les pratiques pédagogiques et de renforcer l’implication des apprenants. Par exemple, l’utilisation de supports numériques interactifs (textes annotés en ligne, corpus numériques, plateformes collaboratives) facilite l’identification des pronoms et des chaînes anaphoriques dans un extrait littéraire.

Bibliographie et sitographie
– Traian N, Cătălin I, Tradition et modernité dans la didactique du français, langue étrangère, Ed.Celina, Oradea 1979
– Barthes, R, Essais critiques, Coll. Tel Quel, Ed du Seuil, Paris, 1964, p. l99
– http:// enseigner.tv5monde.com/

 

prof. Alina Roșu

Liceul Tehnologic Dimitrie Dima, Pitești (Argeş), România
Profil iTeach: iteach.ro/profesor/alina.rosu