La pédagogie inversée pratiquée en classe de langues étrangères

On a commencé à parler de la pédagogie inversée à partir des  travaux des deux professeurs de Chimie à Woodland Park High School (Woodland Park, Colorado, USA):  Jonathan Bergmann et Aaron Sams. Le point de départ a été au moment où ils cherchaient à créer des contenus de cours et se sont rendu compte que beaucoup de leurs élèves ne pouvaient pas participer à tous les cours, ayant des retards d’apprentissage et ne réussissaient pas à faire les devoirs ou travaux pratiques sans avoir la théorie requise. C’était alors que les professeurs leurs ont recommandé de réaliser des vidéos des cours de chimie qui soient accessibles sur le site de l’école afin de les faires accessibles pour la majorité. Parce que ce système a bien fonctionné il a continué les années suivantes. Au fur et à mesure, la mise en place de la classe inversée s’est répandue dans le monde entier.

La pédagogie inversée, en quoi cela consiste?

La classe inversée, suppose à inverser l’enseignement traditionnel des devoirs à la maison et des leçons en salle de classe, en présentiel. Cela voulait dire que les leçons se faisaient à la maison sous forme de vidéos oralisées, de capsules et les devoirs se réalisaient en classe, sous forme d’activités en groupe.

La classe inversée pour les langues étrangères

De nos jours, l’apprentissage des langues étrangères tout comme d’autres disciplines ne peut plus se faire comme il y a 20 ans, quand on les apprenait seulement par ce que disait le professeur.

Aujourd’hui, les choses ont changé. Ce sont les  technologies qui facilitent l’accès à tout type de documents sans que le professeur soit le seul détenteur des savoirs de la langue-cible. Aller en classe doit permettre aux apprenants de mettre en pratique ce qu’ils apprennent.  Dans un monde en plein  changement, en plein mouvement, on doit être capable de faire de l’apprentissage des langues un véritable outil, pour faire face aux défis.

Mais on doit mentionner que la classe inversée ne s’adapte pas pour toutes les classes, tous les cours et tous les élèves. Étant une nouvelle approche didactique, elle ne doit pas être prise à la légère: tout d’abord on doit voir le contexte d’enseignement et ensuite observer si cette méthode est la meilleure pour atteindre les objectifs d’apprentissage de la langue, tout comme Fabrice Barthélémy  affirmait: ”La seule maîtrise des codes linguistiques n’est pas suffisante pour communiquer, on le sait bien. Elle est la surface d’un iceberg cachant des réalités culturelles dont l’appréhension est nécessaire dans toute situation de communication. L’apprentissage d’une langue, c’est aussi une confrontation avec la culture de l’autre. La question de la place de son enseignement est donc centrale dans le champ de l’enseignement des langues. La communication dans une langue étrangère demande la maîtrise des usages langagiers, mais il faut apprendre à adapter ces compétences aux situations de communication, aux contextes dans lesquels prennent place ces échanges.” (BARTHELEMY, F. GROUX, D. (2013) L’enseignement des langues étrangères face aux évolutions des systèmes éducatifs. col « Éducation comparée ». Paris : L’Harmattan, p.10).

Comme l’enseignement des langues étrangères suppose la mise de l’apprenant en situation de communication réelle ou créée, en fonction de ces centres d’intérêts, le dispositif de la classe inversée répond à ces exigences permettant aux apprenants par l’autonomisation l’interaction en contexte avec d’autres apprenants ou avec l’enseignant-médiateur. Les notions du vocabulaire ou de la grammaire sont alors enseignées à travers des capsules vidéo au lieu d’ȇtre expliquées lors d’une phase de cours.

Ainsi, l’apprenant devient actif par son implication dans le processus d’apprentissage, ce qui lui donne l’occasion d’acquérir et créer ses propres stratégies d’apprentissage et la compétence de savoir-apprendre :  ” […] il s’agit de la capacité à observer de nouvelles expériences, à y participer et à intégrer cette nouvelle connaissance quitte à modifier les connaissances antérieures. Les aptitudes à apprendre se développent au cours de l’apprentissage.” (CONSEIL DE L’EUROPE. (2005) Cadre européen commun de référence pour les langues. Paris: Didier, p.85). Devenant autonome, chaque apprenant sera plus motivé pour apprendre, notamment pour ses examens, le faisant de manière efficace.

Il y a de nombreuses stratégies d’apprentissage:

  • de mémorisation;
  • de lecture : association des mots qui semblent aux autres d’une langue connue pour la compréhension d’un texte dans une langue étrangère, l’identification du type de texte (article, poème pour établir le registre de langue, lecture de l’image pour faire la liaison entre le texte et l’image;
  • de communication;
  • d’écriture.

Dans l’enseignement traditionnel, qui privilégie le savoir, l’apprenant, ayant un rôle passif, n’a pas l’occasion de développer ces stratégies que la classe inversée facilite à l’aide de la capsule vidéo dont le contenu (la théorie) est mis en pratique.

Dans ce processus, c’est l’enseignant qui est l’intermédiaire entre l’apprenant et la construction du savoir, par son rôle de formateur, guide, conseiller. Par une interaction constante avec les apprenants en présentiel, il met à leur disposition des outils pour  l’intégration d’un enseignement de stratégies cognitives et métacognitives : ”Plusieurs facteurs garantissent le succès d’une telle démarche. Premièrement, il est important de favoriser chez les élèves une réflexion métacognitive sur l’utilité des stratégies utilisées. […] Deuxièmement, en vue d’encourager le transfert, il est essentiel de diversifier le type de tâches présentées aux élèves afin de pouvoir travailler sur l’aspect général de certaines stratégies. […] Troisièmement, il est important de travailler sur les aspects motivationnels. L’élève doit faire l’expérience qu’il a des compétences et que ses réussites dépendent en grande partie de son investissement stratégique.” (BOSSON, M., HESSELS, M. & HESSELS-SCHLATTER, C. (2009) Le développement de stratégies cognitives et métacognitives chez des élèves en difficulté d’apprentissage. Développements, p.19).

Au-delà de ses avantages, la pédagogie de la classe inversée présente aussi des inconvénients: ne peut pas  être adaptée à tout le monde  sa tendance d’autonomisation peut poser des problèmes sur le rendement de certains apprenants: par exemple pour un élève qui se débrouille très bien dans un environnement traditionnel. Au contraire,  les apprenants moins doués, motivés par ce dispositif, peuvent faire des progrès.

Bibliographie
1. BARTHELEMY, F. GROUX, D. (2013) L’enseignement des langues étrangères face aux évolutions des systèmes éducatifs. col « Éducation comparée ». Paris : L’Harmattan,
2. BOSSON, M., HESSELS, M. & HESSELS-SCHLATTER, C. (2009) Le développement de stratégies cognitives et métacognitives chez des élèves en difficulté d’apprentissage. Développements,
3. CONSEIL DE L’EUROPE. (2005) Cadre européen commun de référence pour les langues. Paris: Didier, p.85

 

prof. Venera Iacob

Profil iTeach: iteach.ro/profesor/venera.iacob

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