L’erreur en classe de français, une ressource exploitable

Si «Errare humanum est», alors pourquoi existe-t-il encore tant de résistance face à la faute dans le processus d’enseignement-apprentissage, en général ? On est tous d’accord que l’activité du professeur de FLE  en Roumanie, soit au collège qu’au lycée, vise l’acquisition, par ses élèves, de la compétence de communication en langue française afin d’être capable d’utiliser cette langue dans la vie de tous les jours et dans le parcours de formation professionnelle.

Or, dans la vie quotidienne on apprend,  on se trompe, on rectifie, on corrige, on refait,  en vue  d’atteindre la perfection, car c’est dans la nature humaine d’apprendre par  nos erreurs et par celles des autres. En classe de langue, «accompagner un élève, c’est sentir son niveau de confiance pour lui  en redonner, par exemple, en faisant de ses erreurs non pas de fautes, mais des simples ‘’faux pas’’ à   travailler » André Giordan, 1976

En tant que professeur, il faut savoir  repérer la faute de l’élève et  l’exploiter pour un apprentissage  centré sur l’apprenant. La faute est souvent mal vécue par l’élève et radicalement sanctionnée par les professeurs   à tel point que l’apprenant se décourage jusqu’au point où il perd confiance en soi et ne veut plus étudier.

Heureusement, les didacticiens de nos jours ont réhabilité le « statut de l’erreur » en ce sens que l’erreur pourrait dynamiser et renouveler l’enseignement. Comment pourrait-on, en tant que professeur de FLE, conférer  un « statut positif  à l’erreur »? Il s’agit, en premier lieu de  faire une véritable révolution mentale et culturelle qui ferait passer d’une pédagogie intimidante à une pédagogie stimulante et sécurisante.

Un professeur attentif se rend compte  du fait que derrière l’erreur  de l’élève se cachent des obstacles  qu’il doit surmonter dans son apprentissage tels : incompréhension de la consigne, désintérêt pour le sujet traité,  décalage par rapport aux exigences du niveau de la classe ou du programme curriculaire.  L’erreur peut résulter  du manque d’attention, d’implication, de volonté d’apprendre, alors les règles du contrat scolaire ne sont pas respectées.  Malheureusement il y a beaucoup d’élèves qui sont dans cette situation, alors  le travail du professeur est troublé et l’atmosphère d’étude dans la classe est  perturbée. Dans chaque cas il existe une solution spécifique et  l’enseignant devrait user de ses qualités de psychologue pour repérer et remédier ses blocages.

En classe de FLE les erreurs ne doivent pas être considérées comme impardonnables car l’erreur fait partie du processus même d’apprentissage et représente la preuve que l’apprenant est en  train de mettre en fonction un nouveau système linguistique. Il est primordial d’utiliser les erreurs comme le moyen en évaluation formative de réaliser des activités de remédiation. Il est donc important, à  l’oral comme à l’écrit, de savoir distinguer les différentes erreurs possibles, et de les classifier, afin de pouvoir  les remédier.  Par exemple, dans une copie fautive, le professeur de français doit être capable de repérer  quelles sont les difficultés majeures de l’apprenant et de proposer des remédiations adéquates. Premièrement la tâche du professeur  sera de souligner toutes les fautes  de la production de l’élève et de voir de quel type de faute s’agit-il, en fonction des catégories suivantes :

  • Fautes de prononciation ;
  • Fautes dans l’expression écrite.

En général, les fautes de prononciation sont plus nombreuses en début d’apprentissage. Chez les élèves roumains, on observe surtout des difficultés  dans la prononciation des voyelles nasales. Il est important de corriger de manière non-intimidante certaines erreurs gênantes pour la compréhension par des exercices adaptés.  Par exemple, pour les apprenants qui ne discriminent pas les voyelles nasales ã/Ẽ, on propose l’activité suivante :

  • Ecrire au tableau les deux phonèmes nasals ã/Ẽ
  • Donner un ou plusieurs exemples de mots contenant ces phonèmes : « mange » , « blanc » , «ensemble », « main » , « vendredi », « lapin ».
  • Prononcer  10 énoncés contenant  un de ces phonèmes à   la fin
  • Distribuer des grilles de repérage et demander aux élèves de cocher la case correspondante pour le phonème entendu
  • Effectuer une seconde prononciation pour la vérification.

Exemple d’énoncés à utiliser : 1. Tu pars quand ?; 2. Demain matin. 3. Il m’attend ? 4. Il est sur le banc. 5. Bonjour, Alain ! 6. Qu’est-ce que tu prends ? 7. Un croissant. 8. Comme j’ai faim ! 9. Je mange du pain ! 10. Moi, je suis content !

Toujours pour une pédagogie corrective de la phonétique, le professeur peut employer  des guides utilisés par les instituteurs  en CP, en France.

Dans l’expression écrite il y a plusieurs types de fautes qui peuvent y apparaitre : morphosyntaxiques, orthographiques,  lexicales, de cohérence et de cohésion textuelle.

Quand on parle de fautes morphosyntaxiques chez les élèves roumains, on identifie  le plus souvent l’absence d’accord en genre et en nombre,  le choix erroné  de la préposition ou du déterminant, des fautes de conjugaison par méconnaissance des temps et des modes, des fautes d’élision, etc.

Les fautes de cohérence et cohésion textuelle apparaissent quand l’apprenant ne respecte pas les trois règles de cohérence / cohésion :
1. La règle de progression (non répétition) : chaque nouvelle phrase doit apporter une information nouvelle et pertinente par rapport à celle qui précède.
2.  La règle d’isotopie : enchainer les idées, avec des articulateurs logiques. Ne pas passer du coq à l’âne !, les différentes idées doivent être liées entre elles par un thème commun, et qu’il y ait une unité de sens.
3. La règle de cohérence sémantique : elle implique l’absence de contradiction au niveau du sens à l’intérieur du texte. Un texte doit être logique et ne pas affirmer une chose et son contraire.

Il faut identifier aussi les fautes d’organisation spatiale du texte et mise en page : respect du type de texte (lettre : en tête, formules de salutations, date …, article de presse, narration, argumentation, etc.), la ponctuation (points, virgules, majuscules…), la division en paragraphes.

Les fautes lexicales apparaissent par utilisation du lexique inapproprié (verbes, expressions toutes faites…) ou à cause des confusions avec le roumain ou l’anglais. Les fautes de type phonèmes-graphème interviennent quand l’apprenant ne parvient pas à transcrire certains phonèmes d’un mot, pouvant être transcrits de différentes façons, alors qu’il les prononce bien Ex : les sons [ε] / [e] peuvent être transcrits de différentes manières, par exemple : ait, est, ai, es, e, ay. S’il écrit le mot forêt comme : forait, ou forrest, il s’agit d’une faute de type phonèmes – graphèmes.

Les fautes phonétiques sont des fautes d’élision (ex : je ai) ou dues à une prononciation erronée (ex : vacances au lieu de vacances). Les fautes d’orthographe d’usage sont en général l’oubli ou rajout d’une lettre, l’inversion de lettres, le mot mal orthographie par méconnaissance.

Le professeur  peut noter très souvent des fautes complexes, qui peuvent relever de différentes catégories. Il faut agir avec beaucoup de patience car l’erreur, selon André Lamy est le tremplin vers l’expression juste. (La pédagogie de la faute, CIEP/BELC, 1981)

En évaluation formative,  il serait recommandable d’habituer les apprenants à l’autocorrection. Faites en sorte qu’ils connaissent les questions à se poser lors d’une relecture : « Ai-je vérifié les accords en genre et en nombre ? Ai-je vérifié des temps employés ? Mes phrases s’articulent-elles bien entre elles ? Est-ce que mon message est bien structuré ? », etc. De même, il est toujours judicieux de pratiquer autant que possible la correction collective et sélective : examiner les paramètres les uns après les autres : accords, structures, cohésion, cohérence, lexique. Ensuite, il est bon de proposer des activités de conceptualisation, de systématisation et de réemploi.

En conclusion, on doit retenir que  l’erreur fait donc partie intégrante du processus d’assimilation, et c’est par ses erreurs que l’apprenant progresse dans son étude.  On fera  fréquemment des petites pauses-grammaire, des conceptualisations et des réemplois  à partir des erreurs constatées, sans jamais  démoraliser l’apprenant.

Bibliographie
LAMY, A.,  La pédagogie de la faute, CIEP/BELC, 1981.
TAGLIANTE, C.,  La classe de langue, CLE International, 2006
Manuel de formation professeurs de français, Investeste in oameni, fondul social european , Programul Operational Sectorial Dezvoltarea Resurselor Umane 2007-2.

 

prof. Alina Nicolae

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