Formation nationale CREFECO pour les professeurs de français

Dans le cadre des actions menées par l’Organisation Internationale de la Francophonie, une formation nationale portant sur “L’évaluation des compétences des apprenants: de la  définition des objectifs aux activités  de remédiation”, a été organisée du 4 au 8 septembre 2017  à Targu Jiu. J’ai eu l’occasion de participer à cette formation innovante dont les formateurs ont été M. Pierre-Yves Roux et M. Constantin Giosu. A cette formation, organisée par le Centre régional francophone pour l’Europe centrale et orientale (CREFECO) de l’Organisation internationale de la Francophonie en partenariat avec le ministère de l’éducation nationale ont participé 40 enseignants, représentants de différents établissements du pays, délégués par le ministère de l’éducation nationale.

L’action du CREFECO et de ses partenaires institutionnels vise à une amélioration qualitative de l’enseignement du français langue étrangère dans la région.

Les thèmes de la formation ont été:
– La différenciation des types d’évaluation et leurs fonctions respectives;
– L’intégration de l’évaluation dans un processus pédagogiques global;
– L’élaboration des épreuves d’évaluation pertinentes, pour toutes les macrocompétences (oral, écrit, compréhension et production, interaction);
– Les critères de réussite et barèmes d’application;
– L’analyse des erreurs des apprenants;
– Les activités de remédiation ciblées et différenciées.

Ce stage a eu pour but de fournir des pistes pour développer ou entretenir  des pratiques  évaluatives qui assurent une valeur pédagogique à l’évaluation des apprentissages dans une approche communicative de l’enseignement des langues étrangères. On a conclu que l’évaluation n’est pas une fin en soi mais elle repose sur une démarche  qui doit s’intégrer à la démarche d’enseignement planifié par l’enseignant et à la démarche d’apprentissage vécue par les étudiants. Le stage a souligné l’importance de l’évaluation pédagogique à des fins d’apprentissage en soulignant son rôle déterminant pour une progression efficace.  Des questions auxquelles les enseignants doivent savoir répondre:
Que doit-on évaluer? Pourquoi? Comment? Quand?

Le stage nous est nécessaire en fournissant des exemples concrets de situations et d’activités communicatives pour évaluer la compréhension comme la production, à l’oral et à l’écrit. L’évaluation est une composante essentielle dans le processus éducatif et en même temps un aspect très difficile à concrétiser. Cette formation nous a aidé à mesurer les acquis des élèves, leurs compétences et  à  ajuster les méthodes pédagogiques pour mieux répondre aux besoins d’apprentissage diagnostiqués.

Le lieu de la formation a été la  salle de conférences «Executive» de l’hôtel «Anna» de Tg-Jiu.

Le début de la formation,  le 4 septembre 2017, a respecté le programme initial, ayant lieu à 9h00, au collège „Pompiliu Marcea” de Tg.Jiu. Avant les discours d’ouverture, on a assisté à une pièce de théâtre, mise en scène par les élèves du Lycée d’Art “Constantin Brailoiu”, coordonnés par Melania Mihai. La formation a visé: l’auto-positionnement initial (questionnaire portant sur la définition et les types d’évaluation), le rappel de la terminologie (évaluation pronostique / évaluation diagnostique / évaluation formative / évaluation sommative /évaluation certificative), l’évaluation formative (comment intégrer ce type d’évaluation dans une démarche pédagogique), l’analyse et la typologie de l’erreur (C. Tagliante – types d’erreurs + analyse d’exemples + erreurs récurrentes dans la production écrite des élèves roumains). Pour réaliser les objectifs de la journée, les formateurs ont proposé plusieurs activités autant individuelles (l’auto-positionnement) que par groupes de deux-trois personnes (repérer les idées principales d’un document portant sur l’évaluation; analyser la pertinence de l’énoncé d’un objectif pédagogique; analyser plusieurs projets didactiques du point de vue de la formulation des objectifs et les reformuler correctement si nécessaire). Durant la journée, les formateurs nous ont posé des questions sur nos attentes, sur nos pratiques de classe, plus précisément concernant l’évaluation, et sur les difficultés rencontrées.

Le deuxième jour de formation a débuté par un retour sur les connaissances acquises la journée précédente fait par l’équipe responsable du rapport pour la première journée et a continué par le formateur Monsieur C-tin Giosu qui a voulu reprendre le schéma de la démarche pédagogique. On a repris la discussion sur les erreurs fréquentes chez les apprenants roumains et on nous a proposé des activités d’identification des causes des erreurs et de propositions concrètes de remédiation pour une erreur phonétique et linguistique au choix. Ensuite, le formateur Monsieur Pierre Yves Roux a insisté sur les 5 principes concernant la phonétique et a introduit la notion de cercle vertueux en pédagogie en soulignant l’importance de la motivation pour l’amélioration des performances des apprenants. Le formateur a mis en évidence le fait suivants : l’évaluation formative se place au croisement entre la pédagogie de l’erreur et la pédagogie différenciée ; les groupes de besoin ne sont pas des groupes de niveaux, la différenciation pédagogique ne signifie pas l’individualisation et la phase d’analyse typologique de l’erreur est essentielle. L’activité qu’on nous a proposé ensuite a visé l’analyse d’une copie des élèves afin d’identifier les erreurs de production écrite.

L’étape suivante a introduit la notion d’évaluation normative versus évaluation criteriée, consolidée par une autre activité en équipe, de type question-réponse.

On s’est concentré ensuite sur le CECRL et on a associé les descripteurs aux niveaux des compétences pour la production orale et pour la production écrite. La séance a continué par la mise au point des concepts  savoirs, savoir-faire, compétences et par une activité de groupe essentielle pour définir les critères d’évaluation, le barème et la phase de remédiation, tout cela contribuant à la cohérence de la démarche pédagogique. En ce qui concerne les objectifs et les outils d’évaluation on s’est concentré sur la typologie pour l’évaluation de l’écrit et on a fait la distinction entre outil fermé et outil ouvert. On retient qu’il faut classer progressivement les activités d’évaluation de plus fermées au plus ouvertes, et qu’il faut partir de la compréhension vers la production dans la démarche pédagogique. On a trouvé les points forts et faibles des outils et on a proposé des exemples et des améliorations.  Les outils fermés servent prioritairement à évaluer des savoirs et des savoir-faire tandis que les outils ouverts servent à évaluer des savoir-faire et des compétences. On a fait un inventaire des activités pour l’écrit en retenant : QCM, tableau, le test de classement, les exercices d’appariement, le texte lacunaire, les exercices de transformation, le test de closure, le QROC, la production guidée, et les guides de relecture.  On a fini par une activité de mise en pratique des connaissances acquises durant la journée : il s’agit de la réalisation d’une épreuve d’évaluation progressive qui comprenne un QCM, un appariement, un texte lacunaire et une activité écrite plus ouverte visant à évaluer la maitrise de la production.

La matinée de la troisième journée a commencé par la présentation du compte rendu de la journée précédente. Le formateur est intervenu avec des explications supplémentaires, en proposant une activité de compréhension écrite pour illustrer la transition d’une compétence à l’autre : de la compréhension écrite vers la production orale. On a insisté sur le fait qu’on doit exploiter un document en s’appuyant toujours sur le principe de la progressivité. M. Constantin Giosu a fait ensuite l’analyse des résultats officiels obtenus au baccalauréat roumain pour observer/ identifier les problèmes des élèves en ce qui concerne l’échec, notamment à l’épreuve de production écrite.  M. Pierre-Yves Roux a essayé d’identifier les causes de l’échec massif des élèves roumains à l’épreuve écrite du bac.

Ensuite, on a proposé des activités concrètes pour travailler avec les élèves débutants la production écrite.  Après une activité pratique de 10 minutes sur les prépositions de lieu /se situer dans l’espace, le formateur nous a proposé en guise d’exemple une vingtaine d’activités ludiques et entraînantes sur le même sujet, en insistant sur l’utilisation du visuel dans la conception des activités proposées aux apprenants. Pour faire travailler le lexique et la phonétique, on nous a présenté comme outil quelques exemples de rébus amusants. On a repris l’idée du guide de relecture en insistant sur les avantages  du travail en transparence. Chaque groupe a rédigé ensuite un guide de relecture pour une activité concrète au choix.

Les activités de la IVe journée de formation ont démarré avec une qui  a porté sur la formulation des consignes. Par groupes, les stagiaires ont présenté leur travail et ont fait des propositions d’amélioration afin de parvenir à des consignes claires. La deuxième activité a été consacrée à une discussion sur la note et sur ses principaux effets pervers : anxiogène, limitante, déformante parce qu’ elle essaie de mesurer des choses qui ne seront pas mesurables. De plus, bien qu’elle ne soit porteuse d’aucune information pédagogique pertinente,  elle peut créer des injustices, des tensions ou entraver l’entraide.

Le formateur a poursuivi sa démarche par l’explicitation de la ZPD (la zone proximale de développement). Plusieurs exemples ont été donnés afin que les stagiaires appréhendent la notion de progression dans l’acquisition d’une compétence pédagogique. Dans la progression il y a six niveaux: l’inaccessible, le non- acquis, le en voie d’acquisition, l’acquis, l’expert et la maîtrise. Un objectif peut être inaccessible parce que l’élève ne possède pas les pré- requis nécessaires. Le non-acquis signifie que l’élève ne réussit pratiquement jamais. Si l’objectif est non-acquis, on doit viser le en- voie- d’acquisition, c’est- à- dire qu’on doit ambitionner. A ce niveau il ne réussit parfois et quand il réussit ce n’est pas au hasard, il a compris quelque chose, il sait bien faire quelque chose. L’acquis c’est lorsque l’élève réussit presque toujours mais il ne peut pas forcément expliciter. L’expert est celui qui peut expliquer aux autres. La maîtrise ou l’acquisition de la compétence est une finalité. A ce niveau l’élève est capable d’expliquer lui-même à ses collègues les notions acquises.

Après avoir présenté ses deux ouvrages : « 120 fiches d’évaluation en classe de FLE »  et  «  80 fiches pour la production orale », le formateur a passé à l’activité « Annotation d’une production de l’élève ». On a souligné ce qu’on doit faire/on ne doit pas faire pour inscrire l’activité didactique dans une pédagogie de la découverte. Dans cette même perspective, le formateur nous a fait découvrir le code « CHAMPION », chaque lettre de ce code qu’on doit établir avec nos élèves, signifiant une erreur à améliorer. Les annotations doivent être claires, précises, raisonnables,  inciter l’élève à s’autocorriger en identifiant ses erreurs, aider à comprendre, proposer des directions de travail, renvoyer au cours,  désigner aussi la réussite.

La dernière activité de la matinée a porté sur l’auto et la co-évaluation. Pour réussir un jeu de rôle, on doit respecter la consigne,  écouter son locuteur,  respecter les caractéristiques du personnage, bien articuler,  adapter son intonation, faire attention à  la gestuelle. Les stagiaires ont donné des exemples tirés de leurs pratiques de classe, ensuite ils ont imaginé en grand groupe, les critères de réussite pour un jeu de rôle, critères qui peuvent aboutir à une fiche d’autoévaluation. La deuxième partie du jour a été dédiée à une sortie culturelle pour découvrir la beauté et les richesses de la région. L’itinéraire a commencé par le Musée Architectural du village Curtişoara qui abrite des maisonnettes très vieilles. On a continué par le village Hobiţa, le lieu de la naissance de Constantin Brâncuşi, une visite qui a donné à voir aussi le côté interculturel. On a fini par la visite du monastère Tismana et le retour à l’hôtel. Cette activité nous a permis non seulement de découvrir le potentiel culturel de la région, mais aussi de mettre en pratique et de parfaire nos compétences d’expression orale et d’interaction.

La séance de 8 septembre a commencé par un retour sur la journée précédente, l’équipe présentant le compte rendu et le formateur insistant surtout sur les effets des notes, la notation de la production écrite, les annotations, l’auto et la co-évaluation. Les thèmes principaux du jour ont été la pédagogie de l’erreur et l’évaluation de l’oral. Pour relancer le débat sur les erreurs des apprenants en FLE, monsieur Pierre-Yves Roux a proposé aux stagiaires divisés en groupes de choisir parmi les citations et les illustrations données et de les commenter, en les exemplifiant. Suite aux réponses et aux commentaires des équipes, on a fait la synthèse et on a établi quelques principes fondamentaux à méditer : l’élève a le droit de se tromper, mais cela ne signifie pas ”méthode des essais et des erreurs”, l’enseignant a le devoir de remédier, la remédiation n’étant pas une simple redite, l’erreur n’est qu’un symptôme, toutes les erreurs n’ont pas la même importance, ni la même origine, l’enseignant pouvant être à l’origine de bon nombre d’erreurs, on ne peut pénaliser que ce qu’on a enseigné, la correction ne sera pas forcément immédiate et on ne relèvera pas forcément toutes les erreurs, l’enseignant n’ayant pas le monopole de la correction. Toujours dans une perspective synthétique, le formateur a demandé aux équipes de travail de répondre à quelques questions essentielles (Pourquoi/Quand/ Par rapport à quoi/Avec quoi/Qu’évaluer?) et après la mise en commun des réponses, il a distribué aux stagiaires des fiches infographiques sur l’évaluation formative et le statut de l’erreur en pédagogie.

En ce qui concerne l’évaluation de l’oral, monsieur Pierre-Yves Roux a présenté quelques modèles de fiches pédagogiques en format PDF mises à la disposition des enseignants sur le site du CREFECO. En guise de conclusion, le formateur a proposé aux participants un petit questionnaire Vrai/Faux sur les problèmes les plus importants abordés tout au long du stage et une évaluation individuelle de la formation concernant les besoins et les attentes des stagiaires, le domaine dans lequel ils ont le plus appris, les points faibles et les points forts du stage etc.

Enfin, monsieur le formateur Pierre-Yves Roux, monsieur l’inspecteur Constantin Giosu et madame l’inspectrice Marieta Pavel ont remis les attestations de présence à tous les participants au stage et les ont félicités pour l’intérêt avec lequel ils ont suivi la formation. Monsieur Constantin Giosu a tenu à donner quelques indications sur les documents que les stagiaires devraient renvoyer à l’adresse info@crefeco.org (la fiche d’information, le compte rendu de chaque journée de stage, le sommaire pour la rédaction du rapport du stage et le rapport d’atelier de dissémination de la formation) et les dernières minutes de la séance ont été consacrées aux rapports de démultiplication que les stagiaires ont pu travailler un petit peu en groupes.

La forme des ateliers de travail, le contenu du stage et le professionnalisme du formateur ont permis aux stagiaires se familiariser avec les concepts, les notions de l’évaluation, pour intégrer l’évaluation formative aux pratiques de clases et élaborer leur propre matériel. J’ai apprécié le style unique du formateur Pierre Yves-Roux, ses techniques d’animation, les activités pratiques et concrètes.  Comme points forts on peut aussi ajouter des mises au point terminologique suivies d’exemples et d’exercice d’autoformation, une série de fiches pratiques, une riche palette d’outils directement utilisables, les rappels théoriques, accompagnés d’exemples, le lexique, les documents de référence, les ouvrages cités pour approfondir le sujet. Tous les autres aspects, l’hébergement, la salle de conférence, l’ambiance, les relations établies entre le formateur et les enseignants et aussi entre les membres des groupes de travail ont assuré toutes les conditions pour l’apport de la formation dans l’activité dans la classe de FLE.

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