L’univers des contes et l’apprentissage par l’imaginaire

Les contes bercent notre enfance et nous accompagnent tout au long de la vie. Ils représentent beaucoup plus qu’un passe-temps pour les petits, assoiffés d’ailleurs  d’aventures et de magie. Les contes bleus sont, à côté des parents, les premiers professeurs, les plus aimés peut-être, puisqu’ils n’exigent rien en échange, ne demandent ni devoirs ni application.

I. Contes et histoires en classe FLE

I. 1 Quand l’apprentissage coïncide avec la nature de l’enfant: magique

Essentiels pour la construction intérieure des enfants, pour l’épanouissement de l’imaginaire,  ces histoires impérissables les aident à faire la conquête du réel et d’eux mêmes tout en enrichissant et en nuançant leur affectivité. En même temps, les contes apportent leur pierre à l’édifice des valeurs morales, en déterminant chez l’enfant l’adhésion spontanée aux idées du beau et du bien. Or, il est regrettable de ne pas tirer profit de ces sources en langue étrangère aussi, en favorisant non seulement le goût de la lecture, mais en ajoutant, également,  la dimension interculturelle.

Les contes de fées ont ceci d’extraordinaire: ils „parlent” de manière naturelle à l’enfant, comme si la nature humaine était magique. D’ailleurs, les enfants mettent du temps à  s’extraire du fantastique, à  accepter et à comprendre le réel. Ils rêvent sans cesse d’un univers où tout est possible,  où le Bien triomphe toujours du Mal et le plus important: il y croient!

Alors, comment faire pour prolonger l’enchantement? Plus exactement, pour que le désenchantement ne se produise ni trop vite ni irrémédiablement? Ne plus accuser les enfants ou les adolescents d’avoir perdu le goût de la lecture ou, ce qui est pire, de ne l’avoir jamais eu?

D’abord, entretenir, en tant qu’éducateurs, leur passion pour les histoires. Que cela passe par le film, les dessins animés ou les BD pour aboutir aux livres, tout moyen est bon pour les  rapprocher du contenu de qualité. Ce qui compte, c’est de raviver en eux cette flamme d’autrefois, qui les rendaient confiants, forts et  heureux. Plus ou moins jeunes, malgré peut-être quelques hésitations (et protestations), finalement ils y „cèdent” et ne le regrettent pas.

Bien évidemment, pour ne pas être perçue comme accidentelle, une telle approche devrait être constante et suivre rigoureusement les objectifs d’apprentissage, ce qui suppose de la part de l’enseignant un travail assidu et souvent fastidieux.

Cependant, dès le début de l’apprentissage du français (le français précoce) jusqu’au lycée, l’enseignant a la mission d’infuser délicatement et de façon poursuivie des extraits de conte, soigneusement sélectionnés, que ce soit sous forme écrite, audio ou visuelle. Sources extrêmement riches à exploiter (vocabulaire, styles, personnages, grammaire etc.), les contes, traditionnels ou cultes,  sous forme de livres papier ou numériques, sont à même de susciter „le désir d’apprendre” (Philippe Meirieux, „Apprendre… oui mais comment”, ESF éditeur, collection Pédagogies, 1987) 

I. 2. Quelques pistes pédagogiques en classe de FLE

Faire  redécouvrir aux élèves la beauté de la lecture (car ce n’est pas un pari perdu d’avance, quoi qu’on en dise) et le désir de s’exprimer,  voici un biais précieux et agréable pour l’apprentissage de la langue-cible. Quelques pistes pédagogiques en classe FLE (à adapter selon l’âge des apprenants et les objectifs):

  • Tout pourrait commencer par un jeu, pour qu’ils devinent quelle activité on leur propose ce jour-là. Exemple de devinette http://elenaburic2.blogspot.com/2014/04/de-la-magie-avant-toute-chose-devinette.html, activité suivie d’un quiz susceptible de vérifier/actualiser/enseigner certains éléments de vocabulaire relatifs aux contes. Un exemple de quiz : https://learningapps.org/display?v=pk8cic0y301
  • Choisir des morceaux qui entretiennent le suspense, incitent la curiosité sans dévoiler la suite/la fin. Leur demander, d’ailleurs, s’ils reconnaissent l’histoire en question
  • Proposer un début/un extrait de conte afin de susciter l’intérêt, la curiosité ou simplement le désir de continuer à son gré, au cas où l’élève ne connaît pas l’histoire
  • Jouer la pantomime pour reconnaître un personnage, un titre, une situation
  • Alterner les supports textuels conventionnels (articles de presse, faits divers, lettres) avec des extraits de contes et travailler la compréhension écrite et orale
  • Proposer des fragments où l’on a glissé divers types d’erreurs, selon l’objectif linguistique visé (conjugaison, emploi des modes et des temps, vocabulaire, etc.) et demander aux élèves de les repérer et de les corriger
  • Jouer sur les homonymes, comme dans l’exemple suivant: https://elenaburic.typeform.com/to/AV9WHD
  • Découper l’extrait et leur demander de reconstituer le texte
  • Privilégier les jeux de rôles à partir d’un dialogue du conte. Théatralisation
  • Transformer en discours direct un passage de discours indirect
  • Organiser des leçons fondées sur les analogies entre les contes et leurs diverses mises à l’écran ou leurs variantes comme dessins animés
  • Trouver des analogies entre les situations envisagées par les contes et des événements/situations du monde contemporain
  • Lancer des défis de réinterprétation des contes ou de leur morale. A ce titre-là, leur demander, par exemple, si la chèvre, le personnage du conte „La Chèvre et les biquets”, pourrait être déchue de ses droits parentaux pour avoir négligé ses petits, si le chat botté devrait être admiré ou blâmé pour l’imposture qu’il entraîne, s’il est bon qu’une petite fille traverse toute seule la forêt, comme le Petit Chaperon rouge, etc.
  • Jeu des définitions, pour découvrir un personnage ou le titre d’un conte; cette activité pourrait être complétée par leurs propres définitions, éventuellement conçues en équipe
  • Organiser des remue-méninges autour des contes et des personnages préférés, des qualités et des défauts de ceux-ci, autour des métaphores, des symboles, de la morale des histoires évoquées, etc.
  • Encourager les élèves à évoquer des souvenirs personnels renvoyant aux contes bleus (personnes qui les leur racontait/lisait, moments où cela se passait, sentiments, atmosphère, pensées etc.)
  • Stimuler les apprenants à lire/écrire des contes détournés
  • Réécrire, de façon abrégée, un conte au choix (écriture collective/individuelle) et promouvoir leurs productions (publication dans la revue de l’école, par exemple. Leur suggérer, dans ce sens, quelques changements possibles: de titre, d’époque, de personnages, de qualités, de style, de relations (renversement de rôles, de position sociale, etc.)
  • Proposer des réflexions diverses. Exemples:

1. Les contes sont, certes, un éloge des vertus humaines et, implicitement, une critique, voire une satire des défauts. Pensez-vous que leur morale soit encore actuelle? Le présent vante-t-il encore ces qualités ? Argumentez et illustrez vos opinions!

2. Vu la fin, d’habitude heureuse, des contes (princes et princesses qui se marient et vivent heureux dans la richesse et honorés par leurs soumis), avez-vous, parfois, le sentiment que les contes proposent, de façon tacite, l’idéal de la richesse? Qu’ils reflètent une certaine préférence pour les classes situées en haut de la hiérarchie sociale? Exprimez une opinion argumentée.

3. Quels sont les principaux clichés dans l’interprétation des contes?

Un exemple d’exploitation d’un conte en classe FLE: https://fictionsfle.weebly.com/le-pegravere-noeumll-a-disparu-conte-de-noeumll-suggestions-dexploitation-en-classe-fle-quiz-de-compreacutehension-orale-activiteacutes-en-ligne-et-transcription-teacuteleacutechargeable.html

II. De la lecture à l’écriture

Donner une nouvelle impulsion à l’expression, à la fois orale et écrite, dérive tout naturellement de l’exploitation des contes en classe, puisqu’ils s’adressent à l’imagination et „parlent” de manière très personnelle à chaque enfant tout en déclenchant, chez lui, cette «urgence» à faire connaître des bribes de son architecture intérieure, à participer activement à la construction d’une histoire. En conséquence, les apprenants trouvent aussi incitant de s’insinuer dans la création que dans la lecture ou l’écoute, surtout s’ils peuvent se servir des outils numériques.  Dans ce sens, pour exercer leurs vertus d’auteurs, les élèves disposent d’une grande richesse d’applications en ligne, dont l’utilisation est intuitive et entraînante. Ainsi peut-on stimuler le goût pour l’expression écrite, individuelle et collective. La pratique pédagogique montre que les élèves sont beaucoup plus actifs et motivés quand ils prennent conscience que leur écriture est lue et évaluée par leurs semblables, leurs collègues. Les petits trucs de la compétition dans l’imaginaire ne peuvent que servir la bonne cause de l’apprentissage.

Dans l’application ci-dessous, j’insère quelques productions personnelles renvoyant à de ressources  en ligne que l’on peut recommander aux élèves pour créer leurs propres contes: https://view.genial.ly/5c4b40358805472c3447b494/interactive-content-lire-fait-grandir-et-sepanouir. En outre, le cahier de notes proposé par https://learningapps.org est idéal pour l’écriture collaborative.

Finalement, ce qui compte, ce n’est pas d’entretenir des histoires à dormir debout, mais d’encourager le retour actif et efficace aux valeurs culturelles.

 

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