Les jeux de rôles en classe de FLE – source d’apprentissage et de divertissement

L’expression orale en classe de langue permet aux élèves d’utiliser la langue indépendamment pour qu’ils soient en mesure de donner une forme matérielle, manifeste, à leurs pensées. Faire parler les apprenants est une mission extrêmement difficile pour tout enseignant de FLE, mais tout à fait réalisable.

Afin de parvenir à cela, le professeur peut et doit suggérer trois types d’activités de communication orale en fonction du niveau de langue de ses élèves : 1) la mémorisation des minidialogues et les exercices de répétition, 2) les dialogues à thème (au téléphone, au restaurant, à l’aéroport, dans un supermarché, chez le médecin, etc.) et 3) les activités de production orale libre (les jeux de rôles ou de simulation).

Dans cet article, nous nous proposons de suggérer des jeux de rôle faisables en classe de FLE dont la finalité est double : d’une part, ils développent la compétence langagière nécessaire à un échange d’informations, d’idées et d’opinions, d’autre part, ils développent la compétence sociolinguistique qui marque les relations interhumaines, les règles de politesse et les registres de langue.

Les activités de production orale libre s’adressent notamment aux niveaux intermédiaire et avancé au fur et à mesure que les élèves acquièrent le bagage linguistique approprié et les compétences indispensables pour les différents contextes de communication. Cependant, il est à souligner le fait que, bien qu’il s’agisse de production libre, ces activités ont besoin d’une préparation préalable et d’un nombre d’exigences. Tout d’abord, les élèves doivent comprendre nettement les scénarios complets (le thème, le contexte/le lieu, les rôles, les interactions, les événements et les incidents).

Puis, ils doivent tous entrer dans la peau de leur personnage et apporter leur pierre à la création du sketch. Les actes de paroles qu’ils pratiquent et le lexique qu’ils emploient doivent être adéquats au thème, à la situation de communication et au public. Le cas échéant, ils seront encouragés de marquer leur discours par une expression faciale et une gestualité qui expriment mieux les sentiments que leurs personnages éprouvent : de l’enthousiasme, de la peur, de l’irritation, de la colère, etc. Pour une bonne réussite des jeux de rôles, d’autres choses fort importantes à notre avis s’imposent : que les apprenants soient fluents et rendent le plus authentiquement possible l’accent, l’intonation et le rythme de la langue étrangère étudiée, qu’il y ait un climat de confiance dans lequel ceux-ci se sentent à l’aise pour pouvoir s’exprimer facilement, et, finalement, qu’on montre le respect nécessaire à l’écoute réciproque.

Avant de voir ensemble des exemples concrets de jeux de rôles que nous avons expérimentés en classe de FLE, nous pensons qu’il serait utile de donner quelques conseils ou suggestions aux enseignants :

  • Réfléchissez toujours au vocabulaire dont les élèves ont besoin pour le jeu de rôles et dressez-en une liste ;
  • Posez des questions préalables pour susciter la curiosité et l’intérêt des apprenants pour la situation ;
  • Expliquez le scénario clairement ; dites les rôles et ce qu’on attend de la part des personnages ;
  • Laissez les élèves se regrouper et se distribuer les rôles, encouragez-les à faire un portait schématique de leur personnage (voir l’Annexe) ;
  • Donnez-leur du temps pour écrire le sketch, mais dites-leur qu’il ne faut pas qu’ils lisent leurs notes. S’il y a quelque chose d’improviste qui apparait, ils doivent réagir normalement, par exemple : « Ah, oui ? », « Vraiment ? », « Comment tu le sais ? » ;
  • Quand un groupe présente son sketch, assurez-vous que tous les autres élèves écoutent ;
  • N’interrompez pas les élèves-acteurs !
  • Lorsque vous évaluez, renforcez ce qu’ils ont bien fait (idées, cohérence, intonation, gestes, etc.), mais donnez-leur également de petits conseils. Ce qui est important après tout est qu’ils gagnent en confiance et qu’ils veuillent pratiquer encore des jeux de rôles à l’avenir.

Fiche pratique no. 1

UN WEEKEND DE CAUCHEMAR
(idée reprise d’un atelier organisé par CLA à Besançon pour les stagiaires d’été)

Objectifs :
Développer la compétence linguistique : construire des dialogues, en révisant et revalorisant les actes de langage étudiés (exprimer l’accord / le désaccord, demander / exprimer son avis, exprimer ses goûts, ses préférences, exprimer un jugement).

Déroulement :
Les apprenants se regrouperont en 4 et produiront le dialogue en respectant le scénario décrit.
Pour tous les quatre moments du scénario, on utilise les meubles de la classe pour imaginer un petit déjeuner en famille, une voiture, un repas au resto, etc.

Scénario complet, découpé en « scènes » :

1. A table, au petit déjeuner. Une famille (papa, maman, deux enfants – frère et sœur) fait des projets pour la fin de semaine. Les opinions sont contradictoires, on apporte des arguments et contre-arguments, finalement, on décide la destination.
2. En route. La famille part pour la destination, mais, soudainement, la voiture est arrêtée par un policier (un élève de la classe joue ce rôle d’l’improvisation.) Le dernier explique la raison pour laquelle il a arrêté la voiture. La famille réagit.
3. Au restaurant. La famille est en train de commander le repas. Un serveur/une serveuse (un élève de la classe joue ce rôle d’l’improvisation) flirte avec un membre de la famille. La famille réagit de nouveau.
4. Au motel. Des moustiques, des rats et toutes sortes de bestioles ne laissent pas du tout la famille dormir. Le lendemain, somnolents et fatigués, les vacanciers rentrent à la maison.

Fiche pratique no. 2

ETRANGERS DANS LE TRAIN

Objectifs:
Développer la compétence linguistique : construire des dialogues, en révisant et revalorisant les actes de langage étudiés (exprimer l’accord / le désaccord, demander / exprimer son avis, exprimer ses goûts, ses préférences, exprimer un jugement).

Déroulement:
Les apprenants s’imaginent qu’ils soient des étrangers dans un compartiment de train ; ils sont assis face en face en groupes de 4, puis on leur demande de quoi les gens parlent d’habitude dans le train (le temps qu’il fait, où ils vont, d’où ils viennent, etc.). Ils sont prévenus qu’ils allaient recevoir un énoncé à apprendre par cœur ; c’est leur secret à eux. Après l’avoir mémorisé, on ramasse les billets. On leur explique qu’ils doivent parler le plus naturellement possible et qu’ils guettent le moment propice pour dire, toujours naturellement, leur énoncé. A la fin de l’activité (après 3-5 minutes de conversation), les autres doivent deviner lesquels étaient les énoncés des autres.

Exemples d’énoncés pour les billets :

  • J’aime les éléphants.
  • Combien de fois êtes-vous allé au Bangkok ?
  • Ma sœur est somnambule.
  • Moi, non plus.
  • C’est le cauchemar ici.
  • Mon frère veut être chirurgien.
  • Mamie est tombée dans les escaliers.
  • Vous désirez lancer une affaire personnelle ?
  • Je veux vivre en Russie.
  • J’ai travaillé au Mc Do quand j’étais étudiant.
  • Un chameau, c’est très sympa à monter…
  • Ça, c’est une photo de moi …
  • J’étais chauve quand j’étais ado.
  • Que pensez-vous de l’idée de se donner un rendez-vous avec un inconnu rencontré sur le net par exemple ?
  • J’ai soif. Et vous ?
  • J’ai eu une expérience terrible dans un bateau une fois.

Fiche pratique no. 3

LES MONUMENTS DE PARIS

Objectifs:
Développer la compétence linguistique: faire des dialogues, en revalorisant les actes de langage étudiés et connaître quelques monuments et leurs histoires.

Déroulement:
Les apprenants travailleront par deux et produiront un dialogue sur la situation  décrite sur leur fiche de travail.

Evaluation :
Le professeur annoncera aux élèves les habiletés qui seront évaluées : le respect des consignes ; le niveau de connaissance des langues ; la manière de présenter (précision, clarté du message oral) et l’originalité.
NB : Le jeu de rôle proposé pourrait être la suite d’une autre activité proposée par Le Français Dans le Monde N°222 de Janvier 1989 (à voir www.oasisfle.com/documents/fiche_pratique_1.htm).  
Situations :

A) L’Arc de Triomphe de Bucarest voyage à Paris pour rencontrer l’Arc de Triomphe de Paris ; imaginez leur conversation en vous aidant des fiches suivantes.

L’Arc de Triomphe de Bucarest
– Né en 1922
– Père : l’architecte Petre Antonescu
– Commandé par le roi Ferdinand I et la reine Maria
– Adresse: Rue Kisselef, Bucarest (le petit Paris)
– Matière : en bois remplacé par pierre et marbre en 1936
– Hauteur : 27 mètres
– Rappelle la Première Guerre mondiale
– Moments difficiles : quelques personnalités roumaines voulaient le démolir
– Moments heureux : reconstruit en pierre en 1936
– Des sculptures réalisées par Ion Jalea et Dimitrie Paciurea ornent les façades.

L’Arc de Triomphe de Paris
– Né en 1836
– Père : l’architecte Jean-François Chalgrin
– Commandé en 1806 par ordre de Napoléon 1er en l’honneur des armées françaises, construit trente ans plus tard sous le règne de Louis Philippe
– Adresse: Bd. Champs-Elysées, Paris
– Matière : en pierre
– Hauteur : 50 mètres
– Rappelle les victoires des armées impériales et la Première Guerre mondiale (la sépulture du Soldat Inconnu)
– Le témoin du retour des cendres de l’Empereur en 1840 ou encore de l’enterrement de Victor Hugo.

B) La Colonne sans fin voyage à Paris pour visiter l’atelier de Constantin Brancusi et déposer un bouquet des fleurs sur son tombeau qui se trouve au cimetière du Montparnasse. Chemin faisant, elle rencontre la Tour Eiffel ; imaginez leur conversation en vous aidant des fiches suivantes.

La Colonne sans fin
– Née en 1836
– Père : le sculpteur Constantin Brancusi
– Commandée par la Ligue nationale des femmes de Gorj, en l’honneur des héros de la patrie tombés pendant la première guerre mondiale
– Adresse : Târgu Jiu, Roumanie
– Voisins : la Table du silence, la Porte du baiser
– Hauteur : 30 mètres
– Matière : en fonte métallisée sur un axe d’acier.
– Structure rhomboïdale, composée de seize éléments, la « Colonne » fait la liaison entre la terre et le ciel, affirmant dans l’espace le concept de l’infini.
– Moments heureux : proposée au Patrimoine Mondial de l’Unesco en 1991.
– Moments tristes : le préfet de Hunedoara veut cloner la Colonne
– Symbolique : l’ensemble comprenant la Table du silence, la Porte du baiser et la Colonne sans fin évoquent les moments essentiels de la vie.

La Tour Eiffel

– Née en 1889
– Père : l’ingénieur Gustave Eiffel
– Construite sous la Troisième République à l’occasion de l’Exposition Universelle ; on voulait un monument unique, original, jamais vu encore
– Adresse : Paris, Bd. Champ-de-Mars, près de la Seine
– Matière : en fer
– Hauteur : 300 mètres
– Moments heureux : accueille plus de 6 millions de touristes par an; le monument le plus haut du monde jusqu’en 1930 quand on construit le Chrysler Building à New York
– Moments tristes : vue comme une création sans goût, sans art, sans élégance, une œuvre barbare, un monstre enfin.
–      Symbole de la France.

C) La Statue de la liberté rend visite à la Tour Eiffel, sa sœur cadette. Elles sortent pour prendre un café sur une terrasse parisienne et échangent des impressions sur leurs pays, sur leurs habitants, elles partagent leurs passions et autres choses. Imaginez leur conversation en vous aidant des fiches suivantes.

La Statue de la liberté
– Née en 1886
– Pères : le sculpteur Frédéric-Auguste Bartholdi et l’ingénieur Gustave Eiffel (qui succède  à Viollet-le Duc, décédé)
– Donnée par les Français pour marquer le centenaire de l’indépendance des États-Unis
– Adresse : à New York sur la petite île de Liberty Island, au sud-ouest de Manhattan.
– Hauteur : 93 mètres avec le socle
– Matière : en métal et pierre
– Symbolise la liberté, la démocratie, elle est rapidement devenue un emblème national des États-Unis

La Tour Eiffel

– Née en 1889

– Père : l’ingénieur Gustave Eiffel

– Construite sous la Troisième République à l’occasion de l’Exposition Universelle ; on voulait un monument unique, original, jamais vu encore
– Adresse: Paris, Bd. Champ-de-Mars, près de la Seine
– Matière : en fer
– Hauteur : 300 mètres
– Symbole de la France.

En guise de conclusion, notre conviction reste que les jeux de rôles constituent un outil qui développe les compétences de communication interactive, qui engage manifestement les élèves dans le processus d’apprentissage, qui les rend actifs et créatifs, qui enseigne et divertit à la fois.

Bibliographie:
– Dicks, Joseph E, Le Blanc, Barbara, “Using Drama for Learning to Foster Positive Attitudes and Increase Motivation: Global Simulation in French Second Language Classes” in Journal for Learning through the Arts 5(1), UC Irvine, 2009.
– Manciu Antonia, Sabin Tamara, Evaluation alternative : le projet didactique, Suceava, 1999.
Vizental, Adriana, Metodica predarii limbii engleze, Polirom, 2008.

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