Le jeu dans le cadre d`une nouvelle didactique du français langue étrangère

Si pendant longtemps, la mémorisation était le maître-mot d’une pédagogie imposée, aujourd’hui, c’est un mot désuet, déconnecté de toute réalité pédagogique de nos jours. Passer un examen de langue française, quel qu’il soit ne signifie pas réciter un texte, une règle de grammaire ou de conjugaison, appris par cœur et prononcés plusieurs fois, mais faire preuve d’une réflexion personnelle par rapport à un sujet donné et réagir aux questions du jury. L’apprenant est jugé non pas sur ce qu’il pense ou dit à partir du moment où il tient des propos cohérant et logiques, il en va de soi mais sur la manière dont il argumente ce qu’il avance.

“Enseigner ne consiste pas à suivre une route droite et sûre. Enseigner avec des jeunes garçons et des jeunes filles, c’est à chaque instant risquer des stratégies nouvelles. C’est par conséquent intervenir et savoir provoquer les interventions des travaux collectifs ou personnels. C’est inciter les uns et les autres à ne jamais se satisfaire de l’habitude et de la routine, maladies infantiles des enseignants et de leurs disciplines.“ – Raymond Queneau, Zazie dans le métro, Gallimard, 1959

Dans le cadre de la didactique actuelle, on accorde peut-être plus d’importance au langage support de la pensée qu’à la langue elle-même outil essentiel de la communication. La langue française du XIXe début XXe correspondait à une époque et un état d’esprit donné. Or la France d’aujourd’hui est la France de l’Europe, entraînant avec elle une véritable révolution de la science du langage et des codes langagiers, auxquels n’échappent pas les instruments de communication. Rien n’est plus vivant, mouvant, que ce qui appartient au vécu de milliers d’individus, la langue, objet de notre enseignement.

Dans ce lieu de paroles, de discours qui est la classe, aucun autre objet d’apprentissage ne nécessite plus d’échanges verbaux. Dans la classe de langue, plus que dans n’importe quelle autre, il ne s’agit plus seulement de comprendre, il faut parler, faire parler, parler à d’autres, parler d’autres, parler avec d’autres le plus possible, le mieux possible.

Et d’ailleurs, pourquoi apprendre sinon pour devenir autonome? Dans l’apprentissage d’une langue, l’autonomie, c’est de pouvoir utiliser le système linguistique selon ses besoins propres, ses aspirations, son tempérament, même au prix des tâtonnements, des erreurs, des fausses pistes, qui caractérisent tout processus de découverte et connaissance. Dorénavant on demande à l’apprenant d’être capable d’exprimer sa pensée avec les nouveaux codes langagiers d’un système linguistique en constante évolution.

Comment faire, quand avoir l’occasion d’exprimer sa colère, son agressivité, ses poésies, dans un monde de consignes et de réponses déterminées ?

Le rôle du maître est alors essentiel : le maître donne et fait confiance à l’élève, il lui apporte les règles du jeu, recueille ses réactions et en tient compte dans sa pédagogie. Il appartient donc aux professeurs de français de s’adapter dans la classe de français langue étrangère à ces nouvelles exigences. Il est par conséquent indispensable et c’est le primaire, d’apprendre à l’apprenant, à réfléchir, à inventer, à argumenter, à générer une infinité de phrases pertinentes et nouvelles, à exprimer à l’oral comme à l’écrit ses propres réflexions dans un style qui lui est propre.

Le jeu didactique peut fournir cette occasion. Cependant le jeu prend en compte la motivation de l’enfant et son plaisir. C’est une des raisons qui font que des pédagogues se penchent dès le début du 20ème siècle sur l’intérêt du jeu à l`école. C’est dans ce nouveau cadre didactique qu’il s’inscrit la créativité dans la classe de FLE.

L’apprentissage d’une langue étrangère par le jeu oblige à produire et à s’exercer à produire constamment. Dépolarisant la relation unique professeur – élèves, le jeu multiplie les échanges verbaux entre les participants et favorise l’entraînement à l’expression. Même si elle est adéquate, conformément aux règles du monde ludique, il faut réussir à dire ce qu’on veut dire en tant que joueur parce que c’est un jeu et non plus parce que c’est du français.

L’univers du jeu est un univers connu de tous. Y entrer, signifie connaître et apprendre les règles, recevoir et apprendre un rôle, trouver une stratégie. Le jeu, c’est l’autonomie, la participation, le désir.

Et alors, on peut mettre la question suivante: Si le jeu est un exercice donneur de réconfort pourquoi ne pas exploiter ses vertus dans l’espace privilégié à l’enseignement/ apprentissage, qui est celui de la classe de langue étrangère ?

Bibliographie
1. DRAGOMIR, Mariana, Puncte de vedere privind predarea – invăţarea limbii franceze ca limbă străină – Considérations sur l’enseignement – apprentissage du français langue étrangère, éd. Dacia, Cluj – Napoca, 2001.
2. DUFLO, Colas, Jouer et philosopher, PUF, 1998.
3. GRUNFELD, Frédéric, V., Jeux du monde. Leur histoire, comment y jouer, comment les construire, Genève, Lied, 1979.
4. JULIEN, Patrice, Les Activités ludiques, Paris, Clé International, 1998.

 

prof. Cornelia Cosma

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