La néologie anglaise dans les manuels scolaires Art Klett

Plan: a. Définir les termes : néologie, néologisme, b. Procédés d’étude, c. Données ayant rapport avec la fréquence et les classifications du savoir, d. Bénéfices de l’étude néologique.

A. Définir les termes : néologie, néologisme

Selon le dictionnaire de l’Académie Française, le mot néologie  est attesté au XIIIe siècle ; il se compose de néo- et de -logie, qui vient de logos, «mot, parole». La néologie signifie

« Formation, usage de mots nouveaux. Néologie par dérivation, par composition, par emprunt. Par extension. Emploi de termes, de tours usuels dans une acception nouvelle. 1 »

On déduit que la néologie a à faire non seulement avec le langage parlé (les paroles, les mots du discours), mais aussi avec la langue écrite (les mots écrits).

Pour le « néologisme », on retient:

1. Mot de création nouvelle ou, par extension, terme auquel on donne une signification différente de celle qui est en usage. « Logiciel », « cadreur » sont des néologismes forgés pour éviter l’emploi de termes étrangers. Néologisme pertinent, inutile.
2. Tendance à forger des mots nouveaux, ou à détourner des mots existants de leur signification ordinaire. La manie du néologisme.2

D’une part, il s’agit de la création de nouveaux termes, phénomène bénin d’enrichissement linguistique; d’autre part, on remarque l’écart du but d’enrichir la langue et le détournement vers l’exacerbation de fabriquer des mots originels, action dont le résultat c’est d’abîmer la cohérence et la propreté de la langue. Avec le temps, un néologisme qui ne s’avère plus utile va disparaitre du vocabulaire actif. Cela se fait tout naturellement, même si le néologisme a eu son bon usage à son époque.

B. Procédés d’étude

Comment va-t-on faire pour étudier la néologie? Tout d’abord, on choisit la terminologie; je vais préférer la « néologie » au « néologisme », en vue de comprendre le processus d’enrichissement langagier. Ainsi, on acquiert une vision globale des changements dans la langue, de sorte que l’on identifie les circonstances de l’emprunt (à quelle langue d’emprunt? dans quel domaine de la langue emprunteuse? quand? combien de fois?), les locuteurs (qui?), l’usage (dans quel but?), le sens (que signifie?), la cause (pourquoi?). Ensuite, on choisit une période de temps. J’ai opté pour les années 1990 jusqu’à présent. Par exemple, le mot « sport » emprunté à l’anglais est attesté en 1828, dans le «Journal de haras», et il a été tellement bien assimilé en français, qu’il est devenu générateur de la famille lexicale (sportif, sportive, sportivité). C’est un emprunt à l’anglais, qui date plus d’un siècle, très ancien par rapport à la période fixée (1990-1828=162). C’est la raison pour laquelle ce mot ne fait pas l’objet des phénomènes néologiques envisagés.

Puis, on délimite le corpus. J’ai choisi les textes des manuels « Limba modernă 2 franceză, clasa a VI-a » et « Limba modernă 2 franceză, clasa a VII-a », dans toute leur intégralité. Approuvés par l’Ordre du ministre no. 3393 du 28 février 2017 et no. 4765 du 13 août 2019, ils correspondent au curriculum scolaire du Ministère de l’Education Nationale en Roumanie. Tout en respectant le Programme de Flé, ils représentent le fruit de collaboration entre les éditions Maison des Langues et Art Klett. Les moyens utilisés à l’étude en cours sont les manuels précédemment citées, à support papier (pour le repérage manuel des termes), mais également au format numérique (pour compter les occurrences) ; et troisièmement, le logiciel Excel (pour l’indexation et les classifications).

Pour étudier la néologie, il faut repérer, indexer, investiguer, classifier les mots qui font éprouver le sentiment d’étrangeté. Les résultats de la collecte néologique vont dépendre de l’érudition ou de l’expérience linguistique subjective.Comment reconnaître un emprunt? Une solution serait de concevoir un schéma algorithmique, mais comme tout mot a son histoire, on s’intéresse aussi à son évolution dans l’histoire de la langue.

À titre d’exemple, je prends le mot «camping». En jugeant d’après le suffixe -ing, celui-ci semble être de la même catégorie des emprunts, tout comme «casting» et «shopping». Si les formes verbales courtes «cast», «shop» confèrent la certitude de leur provenance de l’anglais, la forme «camp» vient du latin «campus». Le mot «camping» apparaît en France, dans un article sportif en 1903, pour évoquer le goût du camping out des Anglais, tandis qu’en français, il y avait déjà l’expression «faire campos». Au fait, il s’agit de la dérivation du mot français par le suffixe anglais. On y a la néologie formelle et pas celle d’emprunt. Le schéma qui m’a guidée pour le repérage des emprunts à l’anglais contient le suffixe -ing, les graphies -oo- (cool), sh (short), gh (copyright), ea (sweat), ee (weekend), ow (clown), -dge et -y à la fin du mot (badge, happy), la coïncidence entre les formes nominale et verbale (scanner), la discordance entre la prononciation et la graphie (skate).

C. Données sur la fréquence et les classifications

Les mots empruntés à l’anglais qui apparaissent plus de dix fois, dans le manuel pour la 6e classe, sont : Internet (22), week(-)end (19), casting (11) ; dans celui de la 7e, il est à repérer les termes : Internet (66), basket  (23), smartphone(s) (20), site(s) (14). Pour ce qui est du numéro d’occurrences 4 à 10 fois, dans le corpus du manuel pour le niveau de la 6e classe, on compte les mots : basket (7), foot (7), tennis (7), baskets (6), skate (6), ski (6), self (5), sweat (5), blog (4), Halloween (4), hip-hop (4), sandwich(s) (4), site (4), cool (4); pour le niveau de la 7e classe, on a inventorié les emprunts : mail(s) (10) , quiz (10), blog(s) (9), jean(s) (9), vlogueurs / vlogueuses (9), interview(s) (8), clown(s) (7), match(s) (7), cool (6), net (5), pyjama (5), Skype (4), foot (4), skate (4), sponsoring (4), stars (4), short (4).

À la suite de l’enregistrement de la fréquence des occurrences dans le corpus choisi, c’est sans surprise que l’on constate  que le terme « Internet » (88) est le plus fréquent, tandis que le numéro d’occurrences pour «sport», mot français d’origine anglaise, qui n’est plus perçu comme étant étranger, atteint la valeur 82.

On arrive à classifier les mots de la néologie formelle et d’emprunt selon le domaine d’usage.
Informatique : Apple, badge, badges, blogueurs / blogueuses, bug, chatter, clip, crack, design, en scannant, e-réputation, Facebook, fairphone, Far-Web, iNaturalist, Internet, interview / interviews, Mac, mail / mails, net, Seek, site / sites, Skype, smartphone / smartphones, spams, tchats, USB, vlogueurs / vlogueuses, voix-off / voix off, webperso, wifi, wikipedia, Yahoo, Youtube, zappes (35) ;
Sport : basket, foot, football, footballeuse, hockey, match / matchs, ping-pong, rollers, skate, skaters, ski, surf, surfer, tennis (14) ;
Les arts (musique, cinéma, bande dessinée) : Batman, casting, clown / clowns, cow-boys, hip-hop, le Hobbit, rapp, rappeur, rock, Spiderman, Superman, stars, Top (13);
Loisirs : club, cool, cosplayers, Daft Punk, eBooks, Halloween, Happy, hobbies, OK, quiz, Rubik’s cube, The Flash, weekend / week-end (13) ;
La mode : baskets / basquets, hippie / hippies, hipsters, jean / jeans, pyjama, shopping, short, sweat, tee-shirt / tee-shirts (9);
Le domaine juridique : copyleft, copyright, cyberharcèlement, cyberviolence, jury, labels, sponsoring (7) ;
Restauration : Club-Sandwich, fast foods, hot dog, mixeur, pop-corn, sandwich / sandwichs, self, steak-frites (8);
Professions : baby-sitters, caméramane, NASA (3).

Les classifications aident les enseignants à prendre les décisions pour intégrer aisément les séquences pédagogiques d’exploitation néologique, en tenant compte du contenu linguistique (ressources lexicales, morphosyntaxiques et discursives), pragmatique (situation de communication) et socioculturel.

D. Les bénéfices de l’étude au sujet de la néologie sont :

  • préserver la précision de la langue ;
  • veiller à la fonctionnalité de la langue d’accueil aux niveaux phonologique, orthographique, lexical, grammatical, morphosyntaxique, sémantique ;
  • trouver dans la langue emprunteuse les outils pour suppléer le manque terminologique ;
  • intégrer dans la langue le terme nouveau de manière  raisonnée et efficace;
  • développer la souplesse de la langue, c’est-à-dire embrayer les mécanismes linguistiques, en vue d’exprimer les aspects complexes de la réalité de manière concise;
  • favoriser l’échange professionnel par le biais des colloques, des ateliers linguistiques et du renouvellement des règlements ayant rapport direct avec le bon usage de la langue.

L’emploi inadéquat des emprunts pourrait s’avérer loin de l’intention des locuteurs, en ce qui concerne la précision d’expression, en menant au détournement du sens ou à la confusion, dans telle ou telle situation de la communication pragmatique ; par conséquent, la fonction de communication dans la langue receveuse ne sera pas accomplie.

1 www.dictionnaire-academie.fr/article/A9N0278
2 www.dictionnaire-academie.fr/article/A9N0280

Sitographie :

www.cnrtl.fr/etymologie/sport
www.cnrtl.fr/outils/pompamo/DocumentationPompamo.pdf
fr.wikipedia.org/wiki/Camping (paragraphes Terminologie, Histoire du camping)
WILLEMS, Martine, Pour l’amour des mots, Presse de l’Université Saint-Louis, Bruxelles, 2009, DEPECKER, Loïc, La terminologie, ouverture d’un champ disciplinaire, p.91-106/283p., publication sur OpenEdition Books, le 28 mai 2019
books.openedition.org/pur/65669
ARGOT-DUTARD, Françoise, Le français, une langue pour réussir, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2014, BERTHELOT-GUIET, Karine, Néologie, publicité et noms de marque : monstres et merveilles, p.231-246/341p., publication sur OpenEdition Books, le 16 avril 2019
books.openedition.org/pur/65669

 

prof. Olimpia Gheorghe

Profil iTeach: iteach.ro/profesor/olimpia.gheorghe

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