En tant qu’enseignant, je me suis parfois trouvée dans des situations difficiles à gérer comme par exemple: travailler avec des élèves de niveau différent (le niveau de langue, leurs connaissances antérieures, leurs attentes et motivations). Comment pourrais-je me débrouiller dans une situation pareille? Quelles démarches pédagogiques seraient-elles plus efficaces dans une telle situation ? La réponse est facile à deviner mais elle prend du temps, de l’énergie et de l’implication pour être mise en pratique : la différenciation pédagogique.
La pédagogie différenciée sert à motiver les apprenants et les enseignants en classe de français langue étrangère, à rendre l’enseignement plus efficace, plus intéressant, plus amusant et contribue à l’autonomie de l’apprenant puisqu’elle l’aide à utiliser ses capacités individuelles dans des groupes hétérogènes, en tenant compte de son niveau linguistique, d’intérêts, de rythmes d’apprentissage, de circonstances personnelles, de motivations.
Tout professeur soucieux de l’efficacité de sa pratique et de la motivation de ses élèves, se confronte au problème de l’hétérogénéité de ses classes de langue : différences de cultures, profils et habitudes d’apprentissage, différences de motivations. Une pédagogie différenciée peut beaucoup contribuer à l’autonomie de l’apprenant car être autonome c’est un état favorable à l’apprentissage. Il est clair qu’un «élève autonome» est souvent «un élève qui travaille seul».
Différencier c’est «une démarche qui consiste à mettre en œuvre un ensemble diversifié de moyens et de procédures d’enseignement et d’apprentissage afin de permettre à des élèves d’âges, d’aptitudes, de compétences et de savoir-faire hétérogènes d’atteindre par des voies différentes des objectifs communs et, ultimement, la réussite éducative» (Caron, 2003).
Différencier c’est « mettre en œuvre un cadre souple où les apprentissages sont suffisamment explicités et diversifiés pour que les élèves puissent travailler selon leurs propres itinéraires d’appropriation, tout en restant dans une démarche collective d’enseignement des savoirs et savoir faire exigés. » (Halina Przesmycki, La pédagogie différenciée, 2004, Hachette)
Différencier c’est « rompre avec la pédagogie frontale, la même leçon, les mêmes exercices pour tous; c’est surtout mettre en place une organisation du travail et des dispositifs didactiques qui placent régulièrement chacun, chacune dans une situation optimale.» (Philippe Perrenoud)
Après avoir passé en revue quelques définitions, la conclusion est que pour faire de la différenciation, l’enseignant doit bien connaître ses apprenants, et ce dans tous leurs aspects, il doit être caractérisé par une plus grande réflexivité et implication, il doit bien gestionner son temps, faire des préparations multiples, utiliser des supports variés, identifier les besoins de ses apprenants et les responsabiliser.
Il faut faire la distinction entre la différenciation successive et la différenciation simultanée. La première implique l’utilisation d’une multitude d’activités d’apprentissage qui pourraient aider à progresser les apprenants en fonction de leurs compétences, leurs types d’intelligence. La deuxième est réalisée à travers les groupes de difficultés, sur les objectifs forts et sur la remédiation post-évaluation.
Chaque fois quand on choisit un objectif pédagogique du programme scolaire, on devrait anticiper les difficultés que nos élèves peuvent rencontrer dans l’apprentissage et on pourrait leur proposer des pistes pour chacune des difficultés identifiées. La raison pour une telle démarche est la suivante : si des problèmes spécifiques apparaissent et les élèves ne réussissent pas à assimiler/comprendre le sujet abordé, on doit leur proposer soit des programmes compensatoires, soit des activités de renforcement pour pouvoir progresser dans l’enseignement.
En fonction des types d’erreurs des apprenants, l’enseignant doit faire appel à une remédiation ciblée et différenciée : il pourra fixer deux ou trois groupes de niveau de langue et travailler sur des activités différentes pour atteindre finalement le même objectif pédagogique.
Par exemple, après la formulation d’un objectif pédagogique (raconter un évènement passé), l’enseignant identifie les prérequis utiles (l’emploi du passé composé, les adverbes de temps) et il les évalue. Si les prérequis sont suffisants, le professeur continue par l’enseignement de l’objectif initial. Si, par contre, les prérequis sont insuffisants, alors le professeur va introduire des programmes compensatoires. Dans cette deuxième situation, après l’évaluation, le professeur observe les erreurs individuelles et il passe à une analyse typologiques des erreurs constatées : certains élèves ne savent pas utiliser les auxiliaires, d’autres ne connaissent pas la règle de formation du participe passé et une autre catégorie ne connaît pas les adverbes de temps. Alors, ce sont les erreurs constatées (et analysées) qui permettent de différencier, le professeur proposant à ses élèves des activités de remédiation ciblée et différenciée en fonction de leur lacunes.
Les pédagogues proposent plusieurs étapes pour une introduction progressive de la différenciation. Tout d’abord l’enseignant peut proposer des activités de remédiation post évaluation différentes, en fonction des besoins constatés. Ensuite, l’enseignant, après avoir identifié les centres d’intérêt de ses élèves, peut inventorier les stratégies d’enseignement les plus courantes et repérer celles qu’il n’utilise pas. Dans l’étape suivante, l’enseignant peut proposer une grande variété d’activités tout en remarquant les types d’activités qui motivent le plus ses élèves. Ensuite, le professeur peut donner des options pour certaines activités, souligner les différences de rythmes dans la classe, établir progressivement des pratiques relevant de la différenciation et développer l’autonomie des élèves à travers la co et l’autoévaluation. Finalement, le professeur peut amener ses élèves à s’interroger sur ce qu’ils font et vivent en classe et les inciter à sortir de leur zone de confort et à expérimenter de nouvelles stratégies d’apprentissage.
Je crois qu’un élève impliqué dans ce qu’il fait peut devenir un élève motivé car il se sent responsable de son échec ou de sa réussite. Le travail par groupes pourrait faire progresser les apprenants qui se sentiraient plus valorisés dans la classe. Ils deviendraient autonomes, plus ouverts à l’apprentissage du français qui serait plus agréable, plus ludique. L’essentiel est que la différenciation soit comprise et acceptée par tous les apprenants comme étant une utilité et une nécessité dans l’apprentissage d’une langue étrangère. La différenciation doit se faire sur des points précis et qui posent de vrais problèmes, quand on a pris conscience des difficultés, quand on s’en sent capable et de façon toujours progressive.
Nos élèves sont différents par nature, niveau cognitif, intérêts et motivation. Nous, en tant qu’enseignants, on doit trouver les stratégies d’apprentissage adéquates pour chaque type d’élève : compétent et motivé, compétent mais pas motivé, non compétent mais motivé et ni compétent ni motivé (terminologie empruntée à Paul Hersey). C’est à nous de trouver les ressources nécessaires pour mettre en œuvre le principe de la différenciation car celle-ci suppose un effort constant de notre part, l’identification des besoins de nos apprenants, une bonne gestion du temps et de l’espace et avant tout de l’implication personnelle.
Bibliographie
E. Battut – D. Bensimon, Comment différencier la pédagogie, 2006, Edition RETZ
P. Perrenoud, Pédagogie différenciée. Des intentions à l’action. 1997, Paris, ESF
Halina Przesmycki, La pédagogie différenciée, 2004, Hachette