La chanson en classe de FLE

Outre la motivation et le plaisir de la chanson, Calvet parle d’autres avantages. L’un d’eux est la contribution culturelle de la chanson. Si les élèves désirent apprendre le français, ils doivent avoir les connaissances culturelles de la France et de la francophonie.

La chanson, une rencontre entre langue et culture

Calvet souligne que la chanson montre aux écouteurs non seulement la langue réellement utilisée, mais aussi une partie de la culture d’un pays donné. En l’appliquant à la chanson en FLE, elle peut présenter aux élèves la langue française, mais aussi la culture française. Dans ce contexte, Calvet utilise un proverbe connu: « Dit-moi ce qui tu hantes, je te dirai qui tu es » et il le modifie de la manière suivante : « Dis-moi ce que tu chantes, je te dirai qui tu es » . Par cette modification, Calvet veut démontrer que la chanson française peut amener les apprenants dans de différentes périodes de l’histoire française parce que la chanson y est présente. Elle peut les renseigner par exemple sur des thèmes populaires auparavant et aujourd’hui, sur des divers genres de la musique et sur des goûts et des difficultés des Français jadis et aujourd’hui. En plus, la chanson peut aussi porter sur des sujets universels qui sont valables dans la culture des écouteurs étrangers. Ils peuvent donc reconnaître aussi des parties importantes de leur vie et de leurs difficultés dans la chanson . La chanson peut rapprocher les Français et leur culture, mais aussi la francophonie, des apprenants étrangers. Le français peut être pour eux une langue plus proche grâce à la chanson.

[…] tous les spécialistes s’accordent aujourd’hui pour dire qu’on ne peut pas séparer langue et culture. Les obstacles à la communication interculturelle se situent essentiellement à deux niveaux, le niveau cognitif et le niveau affectif. Le niveau cognitif est la manque de connaissance des autres cultures, l’absence de prise de conscience de la relativité culturelle, tandis que le niveau affectif est la peur de l’autre, la subjectivité, la persistance des stéréotypes et le refus de la différence. La chanson peut être un outil qui aide à surmonter ces obstacles .

L’apprentissage d’une langue vivante ne se réduit pas à l’assimilation du vocabulaire et de la grammaire. Dumont dit que la chanson est un document social pour l’étude de la société dans laquelle elle naît. Il y a des chansons qui appartiennent au patrimoine collectif et celles qui mettent en évidence la richesse de la diversité de la création contemporaine du monde francophone . La grande centaine d’articles sur la chanson publiés dans la revue FDLM entre 1980 et 1995 montrent le rôle que joue la chanson française contemporaine « comme révélateur de l’évolution d’une société en pleine mutation » . La chanson reflète la réalité complexe et contrastée de la France d’aujourd’hui, la cohabitation de plusieurs cultures. Dumont dit aussi que la chanson est « en réalité le premier mode d’expression symbolique…quand une société réfléchit, ses chansons s’en ressentent ». En même temps, elle peut jeter des ponts entre les cultures, elle transcende les différences d’époque, de langue et de culture. La chanson et la musique sont en France des lieux privilégiés de l’expression culturelle au pluriel. Le métissage musical, l’origine des auteurs, compositeurs et interprètes, les inspirations des textes témoignent d’une créativité extraordinaire et constituent un miroir assez fidèle des préoccupations et aspirations des sociétés et de l’évolution de la langue enseignée .

Les objections et les inconvénients

En ce qui concerne les objections contre l’effectivité du travail avec la chanson, Louis-Jean Calvet  en mentionne quatre. En voici la liste :

  • « Travailler sur la chanson n’est pas travailler
  • La chanson « vieillit vite » et voyage mal
  • Le vocabulaire des chansons exploite à fond le système connotatif de la langue
  • L’audition des mots est difficile pour un élève étranger »

Calvet lui-même conteste ces oppositions. D’après lui l’exploitation de la chanson n’exclut pas forcément le travail. L’apprenant peut étudier et s’amuser en même temps . Néanmoins, certains apprenants peuvent préférer de travailler d’une façon plus traditionnelle, c’est-à-dire d’après les manuels ou faire des activités qui sont dans leurs yeux plus efficaces. Dans le cas des cours intensifs, le temps souvent manque pour faire des activités distrayantes. Si l’enseignant veut travailler avec la chanson dans des cas similaires, il devra proprement choisir la chanson et préparer l’activité qui convaincra les apprenants de son bénéfice pour leurs études. Ils doivent être persuadés qu’il ne s’agit pas d’une activité inutile. Quant aux apprenants à l’école secondaire, comme ils préfèrent souvent le caractère distrayant de l’activité, l’enseignant devra évidemment conserver ce caractère de la chanson, mais il ne devra pas oublier l’efficacité non plus.

En ce qui concerne la deuxième opposition, il est vrai que la chanson peut montrer la culture qui n’est pas valable aujourd’hui. Pourtant, cela n’est pas un trait négatif, mais bien au contraire. L’apprenant peut se renseigner sur la culture d’hier grâce à la chanson. Si l’enseignant veut présenter à ses apprenants la culture d’aujourd’hui, il doit choisir la chanson où cette culture est bien montrée.

Le vocabulaire n’est pas un obstacle non plus, par contre, d’après Calvet, l’enseignant peut transmettre le vocabulaire à ses élèves grâce à la chanson . Cependant, le vocabulaire peut poser la difficulté aux apprenants et l’enseignant devra choisir soigneusement la chanson avec laquelle il veut travailler.

La quatrième objection concerne l’audition des chansons. Dans ce contexte Calvet souligne que l’audition pose des difficultés aux élèves étrangers, mais aussi aux élèves natifs. Il s’agit alors d’un phénomène universel. Calvet donne un exemple intéressant d’une fille francophone native qui a malentendu les mots d’une chanson française et qui a donc changé les mots originels de « Madame à sa tour monte » à « Madame se tourmente » et « Luit le croissant d’or » à « L’huile Croix d’endort ». Ces types d’erreurs sont typiques aussi pour les élèves étrangers . Néanmoins, les apprenants commettent les mêmes erreurs en pratiquant une compréhension orale ordinaire, notamment si l’activité d’écoute est basée sur le matériel authentique. Par rapport à l’activité d’écoute, la chanson est considérée comme une activité amusante, de repos, qu’on peut utiliser pour développer les compétences auditives des apprenants d’une façon agréable.

Généralement, certaines chansons sont plus utilisables en classe de FLE que d’autres. Cela est la raison pour laquelle la chanson doit être bien choisie . Chaque enseignant qui souhaite intégrer des chansons à son cours devra faire face à une série d’obstacles plus ou moins conséquents.
Il ne faudrait pas croire toutefois que le recours à la chanson contemporaine en classe de FLE/FLS aille de soi .

Même si en théorie l’utilisation de la chanson en cours de FLE serait un moyen idéal de motiver les apprenants (Paradis & Vercollier, 2010), il se peut que l’enseignant soit confronté à un obstacle majeur: le désintérêt de la part de ces derniers. Même si le choix de la chanson lui semble idéal car il remplit tous les objectifs définis lors de la préparation de la séquence, il est primordial que le professeur ait conscience que la chanson choisie puisse ne pas plaire à ses apprenants.

Il est important de choisir des chansons qui séduisent les apprenants, en particulier le public adolescent. Si elles leur plaisent, ils l’écouteront et l’apprendront avec plaisir et travailleront leur français sans même s’en rendre compte .

Il peut s’avérer difficile de contenter à la fois les intérêts de l’enseignant pour son cours et les goûts musicaux des élèves. La séquence pédagogique aurait ainsi une chance sur deux d’aboutir à une approbation unanime de l’ensemble de la classe: soit la chanson est appréciée par tous ( ou la majorité ) et le cours sera un réel succès, soit ils la détestent et le professeur devra redoubler d’efforts pour que son cours ne soit pas voué à l’échec. Par conséquent l’exploitation de la chanson en cours de FLE sera un facteur de motivation chez les apprenants à la seule condition que l’enseignant accepte de se remettre perpétuellement en question tout en prenant en compte les critiques des élèves.
De plus, lorsqu’un enseignant envisage d’exploiter une chanson dans son cours de langue, il lui est facile de ne penser qu’aux aspects positifs qu’une telle pratique engendrera. Ce dernier peut envisager de l’utiliser dans l’espoir de remotiver sa classe, de diversifier le contenu de ses cours ou encore de donner un côté ludique à l’apprentissage de la langue cible. Cependant, avant de présenter une chanson aux apprenants il lui sera nécessaire de passer par une phase de préparation qui s’avèrera vite être longue voire complexe.

L’enseignant peut se sentir rapidement dépassé par tout ce qui est induit par une chanson, il peut craindre que ses élèves se sentent eux aussi paniqués face à une telle accumulation d’informations et peut se demander comment la présenter aux élèves. En effet, bien souvent le travail de l’enseignant consiste à se lancer ( après une phase de recherches théoriques ) en oubliant toutes ses hésitations, à agir selon son instinct et en mettant en place toutes les stratégies qu’il estime être le plus adaptées à sa classe.

La préparation d’un cours exploitant une chanson requiert un temps considérable car il faut prendre le temps de sélectionner la chanson qui nous intéresse, préparer des activités adéquates, préparer le matériel et imprimer tous les supports papiers nécessaires, prendre le temps de faire une mise au point analytique à la fin du cours, etc. La didactisation de chanson s’avèrera donc être un travail complexe, long voire sans fin car le matériel didactique doit sans cesse être renouvelé.

Nous pouvons en déduire que la chanson pourra être bénéfique pour le groupe classe, ainsi que sur le plan linguistique et didactique, mais sous certaines conditions. L’exploitation de chansons francophones en cours de FLE ne sera donc pas à prendre à la légère car elle exigera du temps et de la rigueur de la part du professeur.

Bibliographie

BEKKER, Jessica, La chanson dans la classe de français langue étrangère: « Un apprentissage en-chanté », 2008: [en ligne] [consulté le 10 mai 2014]. Disponible sur:
www.french.uct.ac.za/docs/BA%20Hons%20FLE%20Jessica%20Becker.pdf.

PARADIS Swann & VERCOLLIER, Gaëlle, La Chanson contemporaine en classe FLE/FLS : un document authentique optimal ?, 2010: [en ligne] [consulté le 17 mai 2014]. Disponible sur: synergies.lib.uoguelph.ca/article/view/1211/1838.

CALVET, Louis-Jean, La chanson dans la classe de français langue étrangère. Outils Théoriques. Paris: Clé International, 1980.

 

prof. Cristina-Ioana Pricope-Damian

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