L’erreur en didactique des langues

De nos jours, le mot «faute» et le mot «erreur» sont considérés comme semblables, donc il est nécessaire de donner une définition et un sens étymologique à chacun pour discerner leur sens dans le domaine de didactique des langues. Il faut souligner qu’à la fin du XIX-ème siècle jusqu’en 1960, ces deux mots ont eu une connotation négative, mais à partir de 1960, on conçoit l’erreur comme un moyen d’apprentissage.

Le terme «erreur», au sens étymologique, vient du verbe latin error, de errare, l’erreur étant considérée comme «un acte de l’esprit qui tient pour vrai ce qui est faux et inversement ; jugement, faits psychiques qui en résultent.». Jean Pierre Cuq l’a défini comme «un écart par rapport à la représentation d’un fonctionnement normé, l’erreur linguistique a longtemps été liée en didactique des langues aux interférences de la langue maternelle et de la langue étrangère (…)» . Cuq a souligné aussi que «l’approche cognitive considère l’erreur comme une étape dans la structuration progressive de l’interlangue et comme l’indice d’une dynamique d’appropriation du système.»

Le mot «faute» qui vient étymologiquement du mot latin fallita, de fallere = tromper, signifie «le fait de manquer, d’être en moins.»  Jean Pierre Cuq a expliqué que la faute «a été successivement conçue comme une injure au bon usage, comme une ‘mauvaise herbe à extirper’, une atteinte au système de la langue et une carence (méthodes audiovisuelles de perspective béhavioriste) ou comme l’indice d’une dynamique d’appropriation de la langue étrangère.»

Dans la didactique des langues, erreur et faute renvoient à une distinction d’autre  nature :

  • les fautes correspondent à des erreurs que l’élève peut corriger (lapsus, inattention, etc) ;
  • les erreurs relèvent d’une méconnaissance de la règle de fonctionnement (ignorer la formation du pluriel irrégulier, l’accord sujet / verbe, etc).

Les élèves ne peuvent donc pas corriger tout seuls leurs erreurs. C’est  la raison pour laquelle dans tout apprentissage, la première étape consiste à identifier les erreurs des apprenants et puis chercher leurs sources afin de trouver les solutions pour les corriger. Cordier, didacticien du mouvement chomskyen, affirme que le terme d’erreur n’a plus de connotation péjorative, le rôle positif de l’erreur permet à l’enseignant de s’appuyer sur celui-là pour progresser son cours.  L’enseignant peut mettre l’accent sur les exercices qui sont construites en fonction des erreurs fréquentes des apprenants.

On pense qu’il n’y a pas d’apprentissage sans erreur, parce que cela voudrait dire que celui qui apprend sait déjà. En ce sens, Larruy rappelle avec raison que «la connaissance et l’erreur coulent de mêmes sources mentales, seul le succès permet de différencier l’une de l’autre.» L’erreur peut servir de fond à une reconstruction. Elle est «comme le temoin des processus intellectuels en cours, comme le signal de ce à quoi s’affronte la penssée de l’élève aux prises avec la résolution d’un problème.»

Dans cette perspective, on considère qu’on a besoin d’un changement d’attitude envers l’erreur en classe de langue. Pour y parvenir, on s’inspire de H. Besse et R. Porquier qui suggèrent que «l’un des premiers enjeux pédagogiques est alors de dédramatiser les erreurs dès l’accès initial à la langue étrangère : en sensibilisant, par exemple, les apprenants au caractère banal ou naturel de leur apparition en langue maternelle ou étrangère […] et en développant les conduites exploratoires à travers des mini-corpus de langue fictive ou de langue maternelle, ou des jeux de découverte.»  R. Porquier souligne bien ce changement d’attitude envers l’erreur encore quand il précise que «dans l’apprentissage d’une langue étrangère comme dans celui de la langue maternelle, l’erreur est non seulement inévitable, mais normale et nécessaire, constituant un indice et un moyen d’apprentissage. On n’apprend pas sans faire d’erreurs et les erreurs servent à apprendre.»

Bibliographie
1. Astolfi, J.-P. (2006) – L’erreur, un outil pour enseigner, Paris, ESF éditeur
2. Besse, H., Porquier, R. (1991) – Grammaire et didactique des langues, Paris, Hatier/Didier
3. Corder, P. (1980)  – « Que signifient les erreurs des apprenants ? », Langages, n° 57
4. Cuq, J. P. (2003) – Dictionnaire de didactique du français langue étrangère et seconde, Paris, Clé International
5. Larruy, M. M. (2003) – L’interprétation de l’erreur, Paris, Clé International/VUEF
6. Robert, P., Rey, A., Rey-Debove, J. (1985) – Le Petit Robert: dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Paris

 

prof. Alina Ciubotariu

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