Le présent article propose un scénario didactique fondé sur une approche de didactique intégrée pour l’enseignement des adjectifs possessifs en français langue étrangère (FLE) auprès d’apprenants roumanophones. Face aux difficultés récurrentes d’acquisition liées aux interférences linguistiques entre le roumain et le français, notamment dans l’expression de la possession, cette démarche pédagogique exploite de manière structurée les connaissances métalinguistiques des apprenants en langue maternelle comme levier d’apprentissage. En s’appuyant sur une analyse contrastive explicite et sur l’utilisation de textes littéraires authentiques (poésie d’Eminescu, extraits romanesques), le scénario vise à développer la conscience linguistique des apprenants tout en renforçant leur motivation par une approche interculturelle. L’article décrit les étapes concrètes du travail en classe, de l’activité de brise-glace à la production langagière, et met en évidence la plus-value d’une démarche qui non seulement améliore la précision grammaticale, mais contribue également à la formation de compétences métalinguistiques transférables et à une meilleure compréhension des systèmes linguistiques en contact.
Activité de brise-glace
On rend les apprenants intéressés par le sujet. On leur donne un bref texte en roumain et on leur indique d’identifier les possessifs. Ils sont surpris par l’apparition du roumain en classe de FLE. Ils reconstituent le système des formes en roumain. Nous avons constaté une meilleure motivation des apprenants, un intérêt accordé aux observations interdisciplinaires, roumain-français, anglais – français.
Le poète national des Roumains, Mihai Eminescu (1850-1889) est méconnu peut-être à cause des traductions un peu tardives de son œuvre. Il y a un volume des poèmes d’Eminescu traduits par Jean-Louis Courriol. La traduction du Sonnet II peut s’avérer intéressante pour le travail des possessifs :
(…) O, vino iar! Cuvinte dulci inspiră-mi,
Privirea ta asupra mea se plece,
Sub raza ei mă lasă a petrece
Şi cânturi nouă smulge tu din liră-mi.
Tu nici nu ştii a ta apropiere
Cum inima-mi de-adânc o linişteşte,
Ca răsărirea stelei în tăcere;
***
Iar când te văd zâmbind copilăreşte,
Se stinge-atunci o viaţă de durere,
Privirea-mi arde, sufletul îmi creşte.
Reviens donc m’inspirer des paroles sans haine.
Que descende sur moi ton regard, sans un mot.
Et que dans sa lumière, oubliant toute peine,
Ma lyre sous tes doigts, dise des chants nouveaux.
Tu ne peux pas savoir de combien ta présence
Approfondit la paix de mon cœur aussitôt,
Pareille à une étoile qui se lève en silence.
***
Et quand je te vois rire de ton rire d’enfant,
Une vie de douleur s’efface au même instant,
Mon regard est de flamme et mon cœur est plus grand.
On rend les apprenants intéressés par le sujet. On leur donne un bref texte en roumain et on leur indique d’identifier les possessifs. Ils sont surpris par l’apparition du roumain en classe de FLE. Ils reconstituent le système des formes en roumain. Nous avons constaté une meilleure motivation des apprenants, un intérêt accordé aux observations interdisciplinaires, roumain-français, anglais – français.
Le poète national des Roumains, Mihai Eminescu (1850-1889) est méconnu peut-être à cause des traductions un peu tardives de son œuvre. Il y a un volume des poèmes d’Eminescu traduits par Jean-Louis Courriol. La traduction du Sonnet II peut s’avérer intéressante pour le travail des possessifs :
Etapes du travail en classe
Identification des adjectifs possessifs en roumain et de leur fonctionnement. (Attention aux formes du pronom personnel exprimant la possession, éventuellement on leur demande de les noter dans des colonnes différentes).
Identification des formes en français. Réflexion sur le fonctionnement. Analyse et comparaison des tableaux des formes de l’adjectif possessif en français, traduites en roumain.
Comme première étape de l’apprentissage, la comparaison des formes peut se faire, mais l’apprenant risque de se lasser vite, si la comparaison prend trop de temps. Un exercice à trous et le travail à deux ou à quatre peut relancer la classe.
Une autre question particulièrement importante est la distinction que l’apprenant doit pouvoir faire entre les formes multiples du possessif de la troisième personne singulier en roumain. Le roumain emprunte les formes du pronom personnel pour exprimer la possession : său = lui, sale = lui (datif), sa = lui. Des confusions avec les formes du pronom personnel COD en français peuvent facilement se produire. Alors, il convient de choisir des exercices qui permettent de distinguer ce type de construction.
L’acte de langage « Décrire une personne » nous semble particulièrement intéressant pour fonder une mise en pratique des techniques de classe à une démarche contrastive. L’enseignant peut se servir de la traduction d’un texte littéraire roumain en français, par exemple le portrait réalisé par Titus Popovici dans L’étranger :
C’était Lucian Varga. Derrière ses lunettes démodées cerclées d’un fil d’or, son regard avait une intensité douloureuse. Il tortillait ses mains, faisant craquer ses doigts tachés d’encre. (…) Jamais Lucien ne lui avait été plus cher, avec ses doigts tachés d’encre, ses lunettes embuées, ses cheveux coupés selon le règlement, et sa raie impeccable : l’image du bon élève. La lèvre supérieure trop grande donnait à son sourire un air timide comme une excuse. (p.12)
Ses grosses lèvres, toujours humides et roses se tendirent jusqu’aux oreilles, laissant à découvert ses gencives et ses petites dents très blanches. André fronça les sourcils. p.14
Conclusions
La lecture des études contrastives permet de mieux saisir les faits linguistiques apparentés en vue d’une meilleure compréhension et moins de fautes interférentielles. Ces études aident à mieux cerner les difficultés d’acquisition des apprenants (par exemple, les confusions qu’ils peuvent faire en langue roumaine entre les formes des possessifs et des pronoms personnels exprimant la possession). L’éveil de la conscience chez l’enseignant de certains faits linguistiques généralement occultés dans les méthodes communicatives, par exemple, en essayant de s’exprimer pour parler de son corps ou de ses vêtements, maintes fois l’apprenant est mis en situation de rendre des datifs possessifs du roumain. Rarement les méthodes d’apprentissage s’occupent de ces formes, cependant très fréquentes dans ce genre de situation.
Bibliographie
CIOHODARU, Magda (2006), Statutul pronumelui posesiv în limbile romanice, Papirus Media, Bucarest
CALINESCO, Georges, L’énigme d’Otilia, La Nef de Paris Éditions, traduit du roumain par Aurel Georges Boesteanu
CRISTEA, Teodora (1977), Éléments de grammaire constrastive. Domaine français-roumain, Editura Didactică și Pedagogică, Bucarest
MANOLIU-MANEA, Maria (1968), Sistematica substitutelor în româna contemporană standard, Editura Academiei, Bucarest
PĂUN Eugenia (2011), Les possessifs en français et en roumain. Aperçu contrastif, Editura Else, Craiova
POPESCU, Ștefania (1983), Gramatica practică a limbii române, Editura Didactică și Pedagogică, București
POPOVICI, Titus, L’étranger, traduit du roumain par Ana Vifor, Editions en langues étrangères, Bucarest, 1957 II – 288 247
EMINESCU, Mihai, POezii. Poésies, prezentare și traducere de Jean-Louis Courriol, Paralela 45, Pitești
p.24-25
Corpus de textes pour le travail intégré:
Dorința
Désir
Și în brațele-mi întinse
Să alergi, pe piept să-mi cazi,
Să-ți desprind din creștet vălul,
Să-l ridic de pe obraz.
Pe genunchii mei ședea-vei,
Vom fi singuri-singurei,
Iar în păr înfiorate
Or să-ți cadă flori de tei.
Fruntea albă-n părul galben,
Pe-al meu braț încet s-o culci,
Lăsând pradă gurii mele
Ale tale buze dulci…
Jette-toi dans mes bras, je t’attends,
Contre mon cœur jette-toi en courant !
Viens, je déferai ton voile blanc,
Je veux revoir tes yeux brillants.
je te prendrai sur mes genoux,
Nous serons seuls avec les loups,
Et tes cheveux frissonneront
Des fleurs d’un tilleul blond.
Pose sur mon bras, tendrement,
Ton front riant, tes cheveux clairs,
Que tes douces lèvres me donnent
Les plus doux baisers de la terre.
EMINESCU, Mihai, Poezii. Poems. Poésies. Gedichte. Poesias, Editura Albatros, Ediție selectivă și cuvânt introductiv de Zoe Dumitrescu-Bușulenga, Bucarest, 1971, p.310
Luceafărul
L’astre du soir
Cum ea pe coate-și răzima
Visând ale ei tâmple,
De dorul lui și inima
Și sufletu-i se împle.
Și pas cu pas în urma ei
Alunecă-n odaie,
Țesând cu recile-i scântei
O mreajă de văpaie.
Și cînd în pat se-ntinde drept
Copila să se culce,
I-atinge mâinile pe piept,
I-nchide geana dulce ;
Și din oglindă luminiș
Pe trupu-i se revarsă,
Pe ochii mari, bătând închiși
Pe fața ei întoarsă.
*
– Din sfera mea venii cu greu
Ca să-ți urmez chemarea,
Iar cerul este tatăl meu
Și mumă-mea e marea.
Ca în cămara ta să vin,
Să te privesc de-aproape,
Am coborît cu-al meu senin
Și m-am născut din ape.
O, vin, odorul meu nespus,
Și lumea ta o lasă ;
Eu sunt luceafărul de sus,
Iar tu să-mi fii mireasă.
Străin la vorbă și la port,
Lucești fără de viață,
Căci eu sunt vie, tu ești mort,
Și ochiul tău mă-ngheață.
Quand, sur ses coudes appuyée, p.344
Elle penche ses tempes rêveuses,
Son cœur, son âme, sont noyés
D’une langueur qui creuse.
Puis, pas à pas se laisse glisser
A son tour, sur ses traces
Et d’étincelles froides tissées,
Des rêts flambants l’enlacent.
Quand, droite, pour se reposer
Elle, sur son lit se couche,
Sa douce paupière il vient fermer,
Ses mains aussi lui touche !
Et du miroir, réverbérée,
Tout son beau corps l’inonde,
Et ses grands yeux battant fermés ;
Sur son visage abonde.
Moi pour répondre à ton appel,
J’ai dû quitter ma sphère ;
C’est que min père est le ciel
Et la mer est ma mère.
Pour que je puisse te voir de près,
Que chez toi je pénètre,
Imbu d’azur je suis tombé,
Du fond des eaux pour naître.
Viens, mon trésor si estimé,
Ton monde l’abandonne ;
Viens que tu sois la mariée,
A moi, l’astre, te donne.
….
Etrangers sont tes mots, ton port,
Sans vie brûle ta face,
Je suis vivante, tu es mort,
Et tes beaux yeux me glacent.
Veturia Drăgănescu-Vericeanu)
Décrire une personne – Portrait – Titus Popovici, L’étranger
p.11 C’était Lucian Varga. Derrière ses lunettes démodées cerclées d’un fil d’or, son regard avait une intensité douloureuse. Il tortillait ses mains, faisant craquer ses doigts tachés d’encre. (p.12) Jamais Lucien ne lui avait été plus cher, avec ses doigts tachés d’encre, ses lunettes embuées, ses cheveux coupés selon le règlement, et sa raie impeccable : l’image du bon élève. La lèvre supérieure trop grande donnait à son sourire un air timide comme une excuse.
p.14 Ses grosses lèvres, toujours humides et roses se tendirent jusqu’aux oreilles, laissant à découvert ses gencives et ses petites dents très blanches.