Les défis de l’apprentissage du français langue étrangère chez les élèves roumains : regard d’une enseignante de FLE

L’enseignement du français langue étrangère (FLE) en Roumanie s’inscrit dans une longue tradition éducative. Pendant des décennies, le français a occupé une place privilégiée dans les établissements scolaires roumains, témoignant des liens culturels étroits entre la Roumanie et l’espace francophone. Pourtant, la réalité actuelle des classes montre que l’apprentissage du français est devenu plus complexe. En tant qu’enseignante de FLE, je constate quotidiennement que les élèves roumains rencontrent des difficultés spécifiques qui dépassent largement la simple acquisition du vocabulaire ou des règles grammaticales.

L’une des premières difficultés réside dans le manque d’exposition à la langue française en dehors de la salle de classe. Contrairement à l’anglais, omniprésent sur les réseaux sociaux, dans les jeux vidéo, les séries ou les chansons, le français occupe une place plus discrète dans le quotidien des adolescents. Les élèves disposent donc de moins d’occasions d’entendre la langue dans des situations authentiques, ce qui ralentit le développement de leur compréhension orale et de leur spontanéité à l’oral.

La prononciation constitue également un obstacle important. Bien que le roumain et le français soient deux langues romanes partageant un héritage lexical commun, leurs systèmes phonétiques diffèrent considérablement. Les voyelles nasales, les consonnes finales souvent muettes, les liaisons ou encore le rythme particulier du français demandent un entraînement régulier. Beaucoup d’élèves hésitent à s’exprimer par peur de commettre des erreurs de prononciation, ce qui limite leur participation orale.

La grammaire française représente un autre défi majeur. Les élèves roumains sont souvent surpris par la richesse des temps verbaux, l’utilisation des articles partitifs, l’accord du participe passé ou encore les nombreuses exceptions qui caractérisent le français. Même lorsque les règles sont comprises, leur application dans une communication spontanée reste difficile. Il n’est pas rare d’observer un décalage entre les connaissances théoriques et leur mobilisation dans des situations réelles de communication.

Le vocabulaire constitue lui aussi un terrain délicat. Les ressemblances entre le roumain et le français facilitent parfois l’apprentissage grâce aux nombreux mots d’origine latine. Cependant, cette proximité peut aussi devenir une source d’erreurs. Les faux amis induisent fréquemment les élèves en erreur et les conduisent à produire des énoncés incorrects tout en ayant l’impression d’utiliser le mot approprié. Ce phénomène exige un travail de sensibilisation constant de la part de l’enseignant.

À ces difficultés linguistiques s’ajoutent des facteurs motivationnels. Dans un contexte où l’anglais est souvent perçu comme plus utile pour les études ou le marché du travail, certains élèves peinent à comprendre l’intérêt d’investir des efforts dans l’apprentissage du français. Il appartient alors à l’enseignant de montrer que cette langue ouvre également des perspectives universitaires, professionnelles et culturelles importantes. Les projets internationaux, les échanges scolaires, les certifications linguistiques ou la découverte des cultures francophones deviennent alors des leviers essentiels pour renforcer la motivation.

L’hétérogénéité des classes représente également un défi pédagogique. Dans une même classe coexistent des élèves passionnés, qui bénéficient parfois d’un soutien familial ou d’activités extrascolaires, et d’autres qui découvrent la langue uniquement pendant les quelques heures de cours hebdomadaires. Adapter les activités afin que chacun puisse progresser à son rythme nécessite une préparation minutieuse et une diversification constante des supports pédagogiques.

Face à ces difficultés, l’enseignant de FLE joue un rôle qui dépasse largement la transmission des connaissances. Il devient médiateur culturel, accompagnateur et motivateur. Son objectif n’est pas uniquement d’enseigner une langue, mais de développer chez les élèves la confiance nécessaire pour communiquer, accepter l’erreur comme une étape normale de l’apprentissage et découvrir la richesse des cultures francophones.

L’expérience montre que les progrès les plus significatifs apparaissent lorsque les élèves sont placés dans des situations de communication authentiques. Les jeux de rôle, les projets collaboratifs, les débats, les chansons, les vidéos ou encore les activités numériques permettent de rendre l’apprentissage plus vivant et plus concret. Lorsque les élèves comprennent que le français est un véritable outil de communication et non une simple discipline scolaire, leur implication évolue sensiblement.

En conclusion, apprendre le français en Roumanie demeure un parcours exigeant, marqué par des défis linguistiques, culturels et motivationnels.

 


Încadrare în categoriile științelor educației:

prof. Roxana Sasu-Cucoș

Colegiul de Industrie Alimentară Elena Doamna, Galați (Galaţi), România
Profil iTeach: iteach.ro/profesor/roxana.sasu