L’évaluation des élèves nouveaux arrivés

A leur arrivée à l’école, le niveau des enfants nouvellement arrivés doit être bien établi. L’évaluation doit mettre en évidence ses savoir-faire en langue française, pour déterminer s’il est un débutant complet ou s’il maîtrise des éléments du français parlé ou écrit,  ses compétences scolaires construites dans sa langue de scolarisation antérieure et son degré de familiarité avec l’écrit scolaire (on pourra s’appuyer en particulier sur des exercices en langue première de scolarisation), ses savoirs d’expérience dans différents domaines, ainsi que ses intérêts, qui peuvent constituer des points d’appui pédagogiques importants.

Il est indispensable en effet de connaître, pour ces élèves, leur degré de familiarisation avec l’écrit quelque soit le système d’écriture et leur degré de maîtrise dans certaines disciplines. J. P. Vaubourg met en discussion une double évaluation : en langue maternelle pour un grand nombre de compétences (langage d’évocation, conscience phonologique, compréhension du principe alphabétique, acculturation, lecture et d’écriture et connaissance des structures syntaxiques) et en français pour établir la compétence phonologique et phonémique, les connaissances du lexique et des structures des situations d’apprentissage, les connaissances orthographiques, les connaissances des structures syntaxiques et le niveau de compréhension et / ou production général en français.

Plusieurs compétences peuvent être évaluées dans les deux langues. Une activité de rappel oral de récit, réalisée dans la langue maternelle peut laisser voir la capacité de l’apprenant à retrouver le sens général, la symbolique, les personnages. La même activité faite en français permet d’évaluer la compétence de compréhension et de production orale. C’est le niveau de l’élève qui détermine la langue d’évaluation. Vaubourg donne l’exemple des élèves marocains qui ne pourraient pas être testés en arabe classique, qu’ils parlent parfois pire que le français, mais la langue d’évaluation pourrait être l’arabe dialectal marocain.

L’évaluation des compétences langagières n’est pas une tâche facile. Premièrement il est difficile de décrire tous les éléments qui font partie du concept de la compétence linguistique. Cette description est compliquée par le fait que la langue n’est pas une unité, mais qu’elle est construite par de différents aspects linguistiques comme la syntaxe, le vocabulaire et la pragmatique. Tous ces aspects de la compétence linguistique compliquent la détermination du niveau de l’apprenant. Par exemple, il est possible qu’un apprenant ait un vocabulaire très élaboré, mais ne soit pas si fort en syntaxe, ou qu’il soit très compétent dans la linguistique de son métier, mais ne connaisse pas le vocabulaire d’autres métiers. Dans ce cas les différences de niveau dans les différents aspects de la compétence linguistique sont trop grandes pour pouvoir déterminer un niveau général de manière adéquate. En plus, évaluer le développement d’un apprenant est une affaire complexe. Une vue commune est de considérer le développement des compétences langagières comme l’atteinte d’un nombre de phases dans un procès d’apprentissage.

La première évaluation, à visée diagnostique, donne des informations essentielles sur l’élève nouvellement arrivé concernant le niveau de compréhension de la langue française orale et écrite, ses connaissances en mathématiques (numération, mécanismes opératoires, géométrie, mesures). Cette évaluation initiale permet de situer l’enfant (classe à suivre, mise en évidence des compétences, des acquis malgré la barrière de la langue). Elle peut être renouvelée au bout de quelques mois pour faire apparaître des progrès qui ne sont pas toujours visibles.

Quant à l’évaluation des progrès de l’élève, on vérifie des apprentissages ou des compétences effectivement travaillés dans une certaine période, des connaissances systématisées (mots invariables, conjugaison, tables…..). Aux maths rien n’interdit de lire, illustrer ou faire comprendre autrement un énoncé de problème : on évalue la compétence mathématique, pas la compétence en lecture. On peut donner la même évaluation mais on évalue d’autres compétences. Exemple : L’ENAF dispose d’outils (tableaux, références, lexiques, dictionnaires…) comme cela se pratique déjà pour certains élèves. On évaluera sa capacité à les utiliser en même temps que son degré de maîtrise. Il est important de valoriser les progrès et insister sur ce qui est positif, par exemple le fait de participer aux mêmes activités que les autres élèves, de faire apparaître l’évolution des résultats pour situer l’ENAF par rapport aux compétences attendues au niveau du cycle où il se trouve, d’expliciter précisément ce qui reste à acquérir et de fixer des objectifs réalisables. À la famille on propose deux évaluations distinctes: l’évaluation commune à toute la classe qui permet de situer l’enfant ENAF par rapport aux compétences attendues dans la classe et l’évaluation spécifique réalisée par l’enseignant qui montrera l’évolution personnelle de cet élève dans l’apprentissage de la langue française.

Officiellement, l’Aefe (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) trouve primordial d’établir le bilan linguistique initial d’un élève nouvellement arrivé qui ne maitrise pas la langue française afin de préparer au mieux son intégration dans l’école. Le bilan poursuit une évaluation des compétences en langue maternelle (utilisation du langage d’action, du langage d’évocation, reconnaissance des syllabes et des phonèmes,…), la situation sociolinguistique de l’élève permettant de recenser la(les) langue(s) parlée(s) à la maison, la(les) langue(s) parlée(s) en cour de récréation, la(les) langue(s) parlée(s) en dehors de l’école (dans la rue, chez les commerçants,…) et une évaluation des premiers acquis en langue française. Ce bilan permettra à l’équipe éducative de prendre une décision éclairée sur les modalités de l’immersion de l’élève en langue française.

Bibliographie:

  • Jean-Paul Vaubourg, Penser, classer, comparer : faire de la grammaire, Les cahiers pédagogiques n⁰ 473, mai 2009
  • Régis Guyon, Fiche pratique 3, CASNAV de Reims
  • Nathalie Auger, Comparons nos langues Démarche d’apprentissage du français auprès d’Enfants Nouvellement Arrivés (ENA), article trouvé sur le site asl.univ-montp3.fr/masterFLE/n.auer/Livret_Comparons.pdf
  • La maîtrise du français, langue de scolarisation dans les établissements d’enseignement français à l’étranger, AEFE, texte d’orientations pédagogiques – septembre 2006.
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