Les lois de discours – des conventions tacites

Les lois de discours sont appelées par Grice maximes conversationnelles et par d’autres postulats de conversation. On va employer ici le terme d’O. Ducrot, lois de discours. Ces lois jouent un rôle essentiel dans l’interprétation des énoncés et définissent une sorte de compétence pragmatique ou compétence rhétorique. Ces lois sont une sorte de code de bonne conduite des interlocuteurs, des normes qu’on respecte lorsqu’on joue le jeu de l’échange verbal. En effet, il ne s’agit pas de savoir si les locuteurs respectent toujours ces règles, mais de bien voir que l’échange verbal, comme toute activité sociale, s’appuie sur un contrat tacite. On parle de contrat, mais ce ne sont pas des conventions explicites et conscientes, mais des conventions tacites.

Ces lois de discours sont définies par Ducrot comme des normes imposées à l’énonciation, c’est-à-dire à l’emploi des phrases, à la production des énoncés. On peut distinguer deux manières de comprendre les lois de discours, et leur rôle dans la communication. On peut envisager un certain nombre des principes, règles, normes de la communication verbale qui autorisent, selon le contexte, à tirer un sous-entendu de l’énoncé du locuteur. La nature de ces lois dépend des normes de communication ou de conventions sociales.

La théorie gricéenne a inauguré une manière entièrement nouvelle de voir la pragmatique et le problème de la communication. La principale contribution de Grice est d’avoir introduit la notion d’implicature, qui permet d’expliquer la divergence entre la signification de la phrase et le sens communiqué par l’énoncé.

Au plan de la communication, Grice a proposé un principe général, le principe de coopération qui doit être respecté par tous les participants de l’échange verbal. Chacun des protagonistes se reconnaît et reconnaît à son co-énonciateur les droits et les devoirs attachés à l’élaboration de l’échange, car il faut être deux pour converser.

L’idée de coopération peut être explicitée par quatre catégories générales, liées à la quantité d’information fournie, à son caractère véridique, à sa pertinence et à la manière dont elle est formulée ; ces catégories sont nommées maximes de conversation.
Les maximes de quantité présupposent que la contribution du locuteur contienne autant d’information qu’il est requis et que la contribution ne contienne plus d’information qu’il n’est requis. Les maximes de qualité présupposent que la contribution soit véridique, c’est-à-dire n’affirmez pas ce que vous croyez être faux, n’affirmez pas ce pour quoi vous manquez de preuves.

La maxime de relation affirme qu’il faut parler à propos. Les maximes de modalité disent au locuteur qu’il doit être clair, qu’il doit éviter de s’exprimer avec obscurité ou être ambigu et en même temps être bref et ordonné.

Maintenant on revient aux lois de discours pour tracer la théorie d’O. Ducrot qui affirme que les lois de discours sont la conséquence directe de la distinction entre phrase et énoncé (et aussi entre signification et sens) d’une part et entre composant linguistique et composant rhétorique d’autre part.

À côté de ces principes très généraux, on peut mentionner des lois de discours plus spécifiques qui portent sur le contenu des énoncés. La loi d’informativité est l’une des plus utilisées. Cette loi exclut qu’on parle pour ne rien dire. La notion d’informativité varie en fonction des destinataires et des contextes. On peut violer cette loi si au lieu de lire un poème, on tient tout un discours.

La loi d’exhaustivité prescrit qu’un énoncé fournisse l’information pertinente maximale. La loi d’exhaustivité est subordonnée au principe de pertinence. Ainsi le locuteur est-il censé donner un maximum d’informations, mais seulement celles qui sont susceptibles de convenir au destinataire.

La loi de modalité ne vise pas ce qu’on a à dire, mais la façon dont on parle, ainsi peut-on tout dire quand on y met la façon. Par-là, sont condamnés les multiples types d’obscurité dans l’expression (phrases trop complexes, elliptiques, vocabulaire inintelligible, bafouillage) et le manque d’économie dans les moyens.

Dominique Maingueneau souligne le fait que respecter ou bafouer ces lois dépend du milieu social, du comportement social. C’est ici qu’on fait intervenir la théorie des faces appartenant à E. Goffman. La notion de face est liée aux expressions françaises : sauver/perdre la face.

Dans la vie en société, chacun cherche à défendre son territoire (appelé face négative) et à valoriser, à faire reconnaître et apprécier par l’autrui la qualité de sa propre image (face positive).

S’adresser à quelqu’un, lui donner un ordre, l’interrompre, c’est faire incursion dans son territoire tandis que bafouiller, s’excuser, c’est dévaloriser la face positive de l’énonciateur, mais ménager le territoire et la face positive d’autrui est une préoccupation fondamentale des interlocuteurs.

Pour ce qui est de la liaison entre les lois de discours et l’implicite, on se pose la question : Pourquoi ne parle-t-on pas toujours directement ? Si l’on veut faire entendre q, pourquoi est-ce p que l’on énonce ?

On parle d’une sorte de paradoxe, puisque les formulations indirectes transgressent toujours la maxime de modalité selon laquelle il faut être direct et éviter de fournir implicitement une information requise.

La production d’un énoncé sur lequel vient se greffer des contenus sous-entendus présuppose une violation de la maxime de modalité, car la formulation implicite relève d’une sorte de langage chiffré, ainsi qu’une violation de la loi d’exhaustivité, puisque le dire implicite est en quelque sorte un sous-dire, comparable en ce sens à la litote. Quant aux maximes conversationnelles, il en découle le principe suivant : ce que l’on a à dire, on doit en principe le dire explicitement.

La formulation indirecte est une énigme à résoudre pour le décodeur et l’encodeur prend le plaisir à dissimuler sa véritable intention communicative, et pour tous les deux il y a le plaisir d’une connivence dans le jeu de la devinette.

Bibliographie

Ducrot, Oswald, Le dire et le dit, Les Editions de Minuit, Paris, 1984.
Goffman, Erving, Les rites d’interaction, Minuit, 1974.
Grice, Paul H, Logique et conversation, Communications, no.30, Seuil, Paris, 1980.
Maingueneau, Dominique, Pragmatique pour le discours littéraire, Bordas, Paris, 1990.
Maingueneau, Dominique, Éléments de linguistique pour le texte littéraire, Dunod, Paris, 1993.

 


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prof. Laura Maimascu

Colegiul Economic Ion Ghica, Bacău (Bacău), România
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