L’école sur mesure

Vous avez sans doute remarqué l’exigence qui règne dans les écoles de Roumanie.
Ah, non, ce n’est pas de l’exigence des professeurs ou des directeurs des établissements d’enseignement  que je veux parler dans ma tribune; celle-ci est en train de s’étioler, jusqu’à ce qu’elle, après tous les auspices, disparaisse définitivement.
Elle deviendra, sinon on est déjà arrivé à ce point-là, une denrée très rare, car même les quelques vaillants qui la considèrent encore une vertu,sont en train d’ y renoncer.  Par fatigue, par peur, par…conformisme.

Mais mon article veut (re)mettre en question l’exigence des élèves, de leurs parents, et pourquoi pas, de leurs grands-parents.

Lesdits “bénéficiaires de l’éducation” (horribile dictu) sont devenus tres vite dans le jeune capitalisme  roumain, dans une proportion accablante, des clients hyper exigeants. Ils savent ce qu’ils désirent et ils désirent tout: des services sur-mesure et, certainement, d’une qualité exquise.

Le supermarché avec lequel ils confondent l’école doit mettre à la disposition de tous et chacun la qualité premium et la quantité appropriée.  Ni trop, ni moins. Et, pas dernièrement, des services qui puissent être monétisés tout-de suite

Comment le professeur, même le plus expérimenté et le plus talentueux, reussisse-t-il à répondre à ces  exigences inassouvies lorsque, pendant une heure,il a dans la classe une trentaine d’élèves et ,à distance d’un coup de fil, une soixantaine de parents, qui ont l’impression d’être des “experts “dans les sciences de l’éducation? Et surtout,qui sont prêts à contester?Des adolescents et des adultes tous aussi différents les uns que les autres,qui  viennent de milieux différents, qui ont  des intelligences et des comportements et des attitudes différents, des intérêts, des attentions et des attentes différentes?  Et surtout des humeurs différentes! Car oui, l’humeur des élèves, ça doit nous concerner plus que leur éducation, plus que leur instruction, que leur savoir-faire ou même leur savoir-vivre.

L’ animateur qui est devenu l’enseignant doit tout prévoir et tout pouvoir pour, avant tout, maintenir les humeurs à des niveaux “convenables”.

Quand, il y a quelques années, j’ai essayé d’apporter cet argument devant une mère omnisciente et en colère, elle m’a répondu du tac au tac:” moi, je saurais le faire”. Et je pense que c’est justement ici ou le bât blesse: les clients avec lesquels se confondent les parents de nos élèves  savent. Ils savent tout sur toutes les matières, sur toutes les stratégies et les approches pédagogiques. Ils détiennent la clé de tous les esprits, même les plus fermés.

Revenons maintenant à nos élèves: d’habitude ils s’ennuient à l’école, tout comme  à la faculté, d’ailleurs. Si on s’intéresse à leurs journées d’études, on a  presque toujours le même retour: le prof, il n’est pas grande chose: il n’est pas une apparition, il n’est pas un bon animateur, il n’est pas un animateur, donc….Et vous, je leur demande? Vous êtes comment? La matière vous intéresse-t-elle? Vous êtes curieux? Vous êtes vivants? Vous réagissez? Posez-vous des questions? Non, 5 fois non! me répondent-ils avec innocence et sans aucune trace de culpabilité. Parce que ce n’est pas leur boulot de s’efforcer, d’essayer, de comprendre, de répondre, de participer. C’est aux professeurs , et exclusivement à ceux-ci d’introduire dans les têtes des jeunes tous les savoirs, triés sur mesure, dosés impeccablement, bref, prêts-à être utilisés immédiatement et avec des avantages instantanés.

Une marchandise qui n’ait aucun besoin d’être retouchée.

Or, un supermarché d’où on veut repartir avec notre chariot plein de marchandises exquises sans rien offrir en échange, ça n’existe pas.
C’est ici qu’on se heurte à une autre difficulté, celle de convaincre notre public spectateur passif  que l’acte d’enseigner suppose aussi un apprentissage.Ça veut dire de l’ouverture, de l’attention, de la bienveillance,de la compréhension . Bref, en général, pour qu’on soit un bon prof, on doit avoir de bons élèves.

Et puis, ce déséquilibre entre ce qu’on demande et ce que l’on offre, ça donne une fausse  idée de ce que c’est la réussite, l’effort , l’équilibre, la vie.

Au fond, ils ont raison ces consommateurs avertis: tout est question d’offre et de demande!

 


Încadrare în categoriile științelor educației:

prof. Georgiana Ungureanu

Colegiul Național Iulia Hașdeu (Bucureşti), România
Profil iTeach: iteach.ro/profesor/georgiana.ungureanu1