Le court-métrage en classe de FLE

Il faut apporter un peu d’authenticité francophone en classe de langue, tout en sachant à la fois captiver le public, faire que les documents soient culturellement pertinents pour les apprenants et surtout les réconcilier avec l’idée de s’exprimer en français.

Le document visuel accompagne le document auditif pour suppléer au manque de cadre réel, au  vécu  proprement dit, dont on a forcément besoin pour créer la motivation de l’apprentissage.

Ces quelques considérations théoriques nous permettrons de mieux voir comment on peut capter l’attention visuelle et auditive des jeunes lycéens, sous la forme d’un loisir, apparemment, dans le but bien complexe de former chez eux de nouvelles façons de voir leur travail en classe de langue, de leur captiver, de les motiver et de les faire prendre la parole en classe.

1. Quelques  remarques  simples  pour utiliser  les courts-métrages  en classe  de français

Un court-métrage est une œuvre cinématographique courte, en général de quelques minutes seulement. C’est donc par sa durée un support facile d’utilisation en classe car il peut être visionné en entier dans une séance de cours.

Pour l’enseignant et pour l’élève, chaque élément constituant du film est une piste  possible d’approche. Le cours sera élaboré en fonction d’une succession de tâches que l’on peut classer en quelques catégories:

  • observer, repérer, identifier des éléments constitutifs d’un film et développer la capacité à désigner, à nommer ces éléments en français;
  • émettre des hypothèses sur le contenu d’un film à partir d’un extrait ou d’un des éléments constituants d’un film;
  • réagir, prendre position, exprimer une opinion par rapport au film;
  • créer, produire des jeux de rôles, des images, des textes, des objets à partir du film;
  • faire des recherches documentaires pour en savoir plus sur l’auteur, les acteurs ou sur le sujet traité dans le film.

2. Les caractéristiques d’un film

Regarder un film de façon active, c’est être conscient de ce que l’on voit, entend ou lit. C’est aussi pouvoir identifier la manière dont le sens se construit. Un film est un produit collectif complexe dont la réussite dépend de nombreux métiers et savoir- faire: la production (le financement, la distribution du film etc.), la réalisation (la mise en scène, la direction d’acteurs etc.), le choix du sujet, du scénario (original, adaptation d’une œuvre littéraire etc.), les dialogues, le choix des acteurs, la distribution des rôles, le jeu et l’interprétation des acteurs, la prise de vues, la prise de son, le script, le découpage du film, la lumière, le montage des séquences, la conception de la bande son, la musique etc.

Un film est constitué d’une succession de séquences qui représentent des sous-unités du récit. Chaque séquence peut a priori être utilisée comme point de départ pour entrer dans le film. La diversité des approches pédagogiques permet de travailler soit avec le film dans son intégralité, soit à partir d’une séquence avant le visionnage du film entier, les effets de surprise et l’intérêt des élèves sont conservés. Un film se définit par la combinaison d’une bande son et d’une bande  image.

En ce qui concerne le vocabulaire, travailler un film représente un grand avantage pour les apprenants, parce que la classe de FLE, conçue comme une suite de tâches d’apprenants et dont une large partie du temps est dédiée à la créativité et aux interactions, c’est un espace où l’important est de construire des sens, de faire des hypothèses ou de fabriquer des idées, en admettant que personne n’a tort et que tout le monde a le droit de faire des erreurs. En partant du degré zéro de motivation, on crée un rapport affectif positif, un lien entre l’élève et ce qu’il apprend (le document audio-visuel) qui favorise le développement de l’imagination, de  la spontanéité et de la créativité. L’apprentissage se passe au moment où l’apprenant parle, imagine, découvre, joue.

3. En quoi consiste la valeur didactique d’un film?

Le film nous oblige à assumer tour à tour le rôle de spectateur et d’acteur, de locuteur et d’auditeur. Ce dédoublement de nos attitudes, cette intériorisation intuitive des gestes, des mimiques et des mouvements des lèvres, favorise l’imitation des modèles d’élocution qui nous sont proposés. Les échanges de répliques entre les personnages correspondent d’autant mieux à notre attente que nous sommes plus réceptifs à leurs attitudes.

Par conséquent, le document filmé, prétend que l’apprenant fasse un effort d’attention: par l’observation et l’analyse, il découvre les liens qui unissent l’image au texte. Par ailleurs, cette activité développe son acuité auditive, puisque les voix, le bruitage et la musique peuvent s’y présenter soit comme figure, soit comme fond sonore. Le film et le clip sont autant des agents de motivation que des moyens d’enseignement. Ils modifient favorablement l’ambiance de la classe de FLE et multiplient les échanges professeurs-élèves.   Quant à son mode d’emploi, nous précisons l’idée que le film doit être projeté d’abord dans sa totalité, parce que la compréhension de l’ensemble assure la correcte interprétation des détails. Certes, cette première projection doit être suivie de questions générales portant sur les personnages, l’histoire, le décor, l’enchaînement des séquences (Qui? Où?), voire un résumé rapide. En conclusion, le film joue un grand rôle didactique en classe de FLE.

4. Suggestions de tâches simples

Le défi pédagogique consiste ici à définir des activités à la fois intéressantes et adaptées à l’âge et aux connaissances linguistiques des élèves.

Dans le cadre scolaire, les enfants du collège et du lycée atteignent en général le niveau A2 (élémentaire) et B1 (intermédiaire). Exemples de tâches pour le niveau A2:

– Les élèves font un dessin qui résume le mieux le film pour eux. Ils écrivent le titre du film sous le dessin. Afficher les dessins dans la classe.
– Les élèves dessinent les personnages principaux du film et les colorient. Ils font une carte d’identité des personnages.
– Les élèves identifient la présence d’objets du film dans une liste proposée par le professeur.
– Proposer une liste d’instruments de musique. Les élèves identifient les instruments présents dans la musique du film.
– Résumer le film en quelques phrases simples et les proposer aux élèves en désordre. Les élèves doivent remettre les phrases dans l’ordre en accord avec le déroulement du film.
– A partir d’un extrait de la bande son, les élèves imaginent ce que l’on voit (éventuellement le dessiner, ou discuter en langue maternelle).
– A partir d’une séquence du film présentée sans le son, les élèves imaginent ce que l’on entend (peut se faire en langue maternelle), puis on regarde la séquence avec le son.
– Regarder une séquence du film. Les élèves imaginent ce qui précède ou ce qui suit (peut se faire aussi en langue maternelle). Visionner ensuite le film en entier. À un niveau B:
– Les élèves regardent le film et doivent indiquer quelles affirmations sont vraies et fausses parmi celles proposées par le professeur.
– Les élèves imaginent et proposent une suite d’une séquence du film.
– Les élèves doivent formuler leur opinion sur la fin du film choisie par le réalisateur et proposer une autre fin possible.
– Les élèves identifient et présentent les conséquences d’un événement sur les personnages du film (par exemple, le métro s’arrête à la station fantôme et tous les passagers descendent…)
–  Les élèves imaginent et jouent un dialogue à partir d’une scène du film.
–  Les élèves rédigent une courte critique du film à partir d’exemples de critiques. Les pistes sont multiples mais il faut être vigilant. Il vaut mieux voir plusieurs films et limiter les tâches pour chaque film que visionner un film et assaillir les élèves avec des exercices. Les courts métrages doivent avant tout rester un moment de cinéma partagé.

En conclusion, enseigner le français à l’aide des documents authentiques audio-visuels facilite l’accès direct à un univers culturel et linguistique différent. Le document authentique, en tant que situation de communication, assure les conditions optimales pour l’enseignement de tous les actes de parole: acte locutif (l’énonciation dans son ensemble), acte illocutif (l’énoncé avec intention de communication) et acte perlocutif (l’effet de l’énoncé sur autrui) et donne à l’apprenant la possibilité de recourir aux signes verbaux, non verbaux, vocaux et visuels (mimique, gestuelle, regards). L’utilisation de la vidéo favorise le processus pédagogique, rendant la classe de français plus attrayante et plus motivante.

Bibliographie:
1. Boiron M., Motiver à apprendre, apprendre à motiver, Cavilam, Vichy, 2005, p.9.
2. Compte  Carmen, La vidéo en classe de langue, Paris, Hachette, 1993,p22, p.77.
3. Tagliante  C., La classe de langue, Paris, Clé International, 1994, p. 18.
4. Pelpel P., Se former pour enseigner, Paris, Dunord, 2002, p.10.

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